Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

VOUS AVEZ DIT : DÉCROISSANCE ?

vendredi 13 février 2009 par Benjamin Guillemaind

L’idée de s’engager dans une décroissance fait bondir les adeptes de la croissance, qui redoutent la stagnation économique, un chômage accru, un repli frileux sur le passé et voient en tout écologiste un suppôt de la subversion. La Bible n’a-t-elle pas assigné à l’homme de croître et se multiplier ?

Mais décroître n’est pas retourner en arrière ou s’installer dans une croissance zéro, disent les protagonistes de la décroissance. C’est ralentir et réguler cette économie productiviste du « toujours plus, toujours plus vite », qui massacre l’environnement, sans autre but que la jouissance de biens matériels ; en un mot faire une pause. « Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, écrit Serge Latouche, il faut littéralement sortir de l’économie… et remettre en cause sa domination sur le reste de la vie ». C’est une question de mesure et de limite : il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Il faut rétablir la hiérarchie des valeurs et arrêter de saccager la planète, sans se soucier des générations futures.

Trois questions se posent : quelle croissance ? Pour quelle finalité ? Par quel moyen ? Le taux de croissance varie selon le produit intérieur brut (PIB), somme des valeurs ajoutées de toutes les entreprises et des valeurs monétisées provenant du travail et du capital. De ce fait il comptabilise ces éléments quantitatifs, matériels et financiers, y compris ceux résultant des catastrophes naturelles, épidémies, traitement des déchets… souvent négatifs, négligeant les critères qualitatifs. L’objectif est d’accroître les biens de consommation, assurer le plein emploi et créer de nouvelles techniques qui améliorent la vie. Pour les libéraux le seul moteur de la croissance est l’intérêt individuel, qui s’exerce par le marché concurrentiel, loi suprême de l’économie. Socialistes et altermondialistes, plus nuancés mais aussi matérialistes, sont partagés entre une planification mondiale et une déification de la nature.

Remettant les choses à leur place, Paul VI avait en 1967 brossé dans l’encyclique Populorum Progressio [1], les traits essentiels du développement, terme plus approprié que « croissance » et nouveau nom de la paix. « Il s’agit de construire un monde où tout homme puisse vivre une vie pleinement humaine ». A son vingtième anniversaire (1987), Jean Paul II dans Sollicitudo Rei Socialis [1] a exposé une véritable Charte de l’Ecologie. On se réfère assez peu à ce texte magistral. Il reprend le terme positif du « développement » et tire vers le haut les considérations des théoriciens de la décroissance. Il reprend leurs critiques : la création de besoins artificiels par un engrenage gigantesque d’offres tentatrices : « nous nous trouvons dans une sorte de surdéveloppement… qui consiste dans la disponibilité excessive de toutes sortes de biens ;…. le vrai développement ne peut consister dans l’accumulation pure et simple de la richesse et la multiplication des biens » … « il n’est pas un processus linéaire, quasi automatique et par lui-même illimité… une telle conception est inspirée de la philosophie des Lumières… sans considération des dimensions sociales, culturelles et spirituelles de l’être humain.(santé, droit à la vie, alphabétisation, habitat…). Les résultats sont décevants quand on voit grandir les écarts entre l’abondance scandaleuse du Nord et le sous-développement du Sud …Peu de personnes possède beaucoup, tandis que beaucoup ne possèdent presque rien. »

Jean Paul II va plus loin et invite à la transcendance au nom des exigences morales : dominer et cultiver le jardin doit être accompli dans l’obéissance à la loi divine : en respectant les êtres qui forment la nature, le cosmos, en modérant l’usage des êtres vivants et inanimés, en considérant le caractère limité des ressources naturelles, en préservant la qualité de la vie, l’être sur l’avoir. Il qualifie même de « structures de péché » des comportements égoïstes qui transgressent l’ordre naturel, des institutions et des décisions économiques imprudentes, l’idolâtrie de l’argent et de la technologie. Le remède ? : la solidarité considérée comme vertu, le service du prochain, la tempérance, le respect de l’identité de chaque peuple, qui doit disposer de son autonomie alimentaire, un développement ordonné de la démographie ; ce sont en dernier ressort les parents qui décident du nombre de leurs enfants. Et surtout l’application de la Doctrine Sociale de l’Eglise, « qui n’est pas une troisième voie entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste : c’est une catégorie en soi, qui relève de la théologie morale ». Les fruits de la terre sont transformés par l’Eucharistie, renouvellement du sacrifice du Christ, qui anticipe le Royaume définitif, nous unit à lui et nous unit entre nous.

[1] Pierre Tequi


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