Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

Souverainisme

lundi 2 mars 2009 par Alexis Arette

Pourquoi les souverainistes, qui proclament fort justement que “l’lndépendance de l’Europe” sera le fruit naturel de la souveraineté de “chacune des nations”, ne vont-ils pas jusqu’au bout de la proposition politique, qui consisterait à examiner, hors de l’état de fait, ce qui fonde la souveraineté des nations ? Pourquoi ne considèrent-ils pas que ce qui vaut pour les différentes nations, vaut également pour les peuples divers qui les composent ? Pourquoi eux, qui se recommandent généralement de l’autorité (hélas !) du Gal de GAULLE, refusent-ils de considérer ses dernières réflexions, quand, ayant tiré les leçons de son désastre algérien, il conçut que si la République ne se déformait pas, en se décentralisant, nous irions “vers de désastreuses secousses !” ? Comment acceptent-ils de donner son importance méritée à la recommandation du Pape, insistant sur le devoir de garantir “par tous les moyens” l’indépendance nationale, en occultant la suite du message exigeant que l’on donne aux minorités constituantes de la nation, les responsabilités qui leur reviennent par droit naturel ? Comment, tout en admettant la diversité des peuples de France ne considèrent-ils par les devoirs de la Nation qui se veut particulière, à l’égard de leur identité ? Pourquoi n’acceptent-ils pas que la souveraineté nationale, soit le fruit naturel des autonomies territoriales, fédérées par la Nécessité ?

Si l’on écarte quelques effets d’ignorance historique, d’immaturité politique et de romantisme passionnel, je ne vois qu’une réponse ! C’est que nos Souverainistes sont déjà des déracinés ! Ayant perdu le sens du pays de leurs pères, ils en ont transporté la nostalgie inconsciente sur l’ensemble national, dont ils ont fait le substitut de la partie perdue. Le souverainisme est aujourd’hui le fruit de la ville tentaculaire et de l’asphalte, que l’on veut singulariser en le peignant de Bleu, Blanc, Rouge ! En cela, et bien que la comparaison les indigne, ils sont les héritiers du jacobinisme révolutionnaire, phénomène strictement urbain, pour qui le génocide vendéen devint une œuvre pie, alors que l’espérance de la nécessaire réformation française s’affirma en 1790 par la Fête de la Fédération. C’est ce mouvement dont il faut les convaincre que nous le reprenions ensemble, non par concession, non par sentimentalisme, mais par nécessité.

La France, à bien l’examiner, n’est pas une patrie, mais un ensemble de patries. 2000 ans de mélanges raciaux et mille ans de recouvrement culturel français n’ont pas effacé le sentiment local d’identité. Que l’on veuille bien considérer cet exemple : la province basque du Labourd a été très tôt détachée de l’empire navarrais et rattachée à la Gascogne d’obédience française. Or c’est dans ce canton que la revendication identitaire est la plus vive et ce, malgré la colonisation française de la côte, à moins que ce ne soit à cause de cela !

Certes, nos anciens n’eurent pas à pousser aussi loin leur réflexion, car les problèmes se posaient un peu différemment. La Bible elle-même ne fait guère de distinction entre les peuples et les nations. Les ensembles se faisaient et de défaisaient au gré des accidents de l’histoire. Et au moyen-âge, on classait à l’université de Paris les étudiants selon les “nationalités”, picardes, normandes ou bourguignonnes. Il nous faut donc prendre en compte aujourd’hui la nécessité où nous sommes de préciser le sens des termes, car c’est la fonction du langage, comme celle de la philosophie, de “distinguer pour unir”. Or, il est des acquis de l’histoire qui se révèlent fragiles et si nous désirons les conserver, encore faut-il que la motivation en soit clairement exprimée. Aujourd’hui nos amis souverainistes réagissent comme des écorchés quand on pose la question : “La Nation, pourquoi faire ? ” La bonne réaction qu’ils devraient avoir, c’est de convaincre les hommes qui se sentant D’ABORD Basques, Bretons, Alsaciens ou Provençaux, qu’il existe une utilité nationale, qui veut intégrer leur sentiment identitaire.

Reconnaissons que les nations historiques se sont souvent faites sans que les acteurs eussent, au départ, une claire intention de la constituer. Elles sont généralement le fruit de la guerre et de sa fortune. Mais l’histoire cède aujourd’hui à l’analyse et l’exaltation par l’Église de la dignité humaine a gagné le secteur laïque, qui s’en approprie la défense, au point qu’une nation exerçant son pouvoir sur des peuples assujettis, n’apparaît plus comme ayant le moindre fondement légitime. C’est vers des ensembles raisonnables que l’on tend. Or beaucoup de souverainistes raisonnent encore comme si l’état de coercition avait fini par entraîner l’adhésion des populations sujettes ! Ce qui n’est pas, puisqu’apparaissent, ça et là, des tendances violemment séparatistes.

Sans doute faut-il les ramener dans la plupart des cas, soit aux rêveries de quelques marginaux qui n’ayant pas eu les moyens de leur ambition dans la société, rêvent de la changer à leur profit ; et sans doute le travail des théories trotskistes, visant à établir l’anarchie pour faire du passé “table rase” doit-il également être pris en compte, mais ces éléments n’auraient pas de prise sur les minorités territoriales, si celles-ci n’éprouvaient pas confusément un sentiment d’injustice à leur égard. Aussi le premier devoir des souverainistes devrait être de supprimer les causes d’un ressentiment qui, ne pouvant s’exprimer, pourrait devenir antinational, ce qui ferait reculer d’autant la société.

Il est un argument souverainiste que nous devons examiner, car, s’il est spécieux, il a toutes les apparences d’une inquiétude légitime. C’est celui, abondamment repris avec assurance par le Gal GALLOIS, du complot germanique contre la nation française. Cette thèse a été avancée par P. HILLARD dans un livre bien documenté : “Minorités et Régionatismes dans l’Europe fédérale des régions”. Le titre même montre qu’il s’agit d’une projection dans l’avenir, puisqu’on traite d’une Europe Fédérale qui n’existe pas encore.

Lors du dernier colloque de l’Alliance Sociale, il y eut, m’a-t-on dit, une vive controverse entre l’auteur et J.J. MOURREAU, que je tiens pour un des meilleurs analystes du fait régional. N’étant pas présent, je n’avais pas pu prendre parti et je n’en ai point voulu parler avant d’avoir lu la dernière édition du livre de P. HILLARD, lequel sommé de prouver ses accusations, à savoir que le régionalisme était soudoyé par l’Allemagne, avait promis de le faire. J’ai donc parcouru le livre de P. HILLARD, qui a bien des mérites, mais pas celui-là. En effet il apparaît que sur plus d’une centaine de mouvements régionalistes d’importance variable, quatre seulement concernent le territoire français : soit la Ligue Savoisienne, l’Union populaire Alsace-Lorraine, Le Comité d’action régionale de Bretagne et le Parti pour l’organisation d’une Bretagne libre. Encore s’agit-il de mouvements représentés au “Congrès des nationalités”, tenu à Haderslev en Mai 1999, ce qui n’implique ni leur ralliement aux thèses allemandes, ni surtout qu’ils aient émargé aux fonds secrets de l’organisation. Je pense donc le plus grand bien de ce que nous apprend M. HILLARD de l’historique tentation pangermanistes et le plus grand mal de ce qu’il en extrapole. S’il connaissait aussi bien l’histoire de France que l’histoire de l’Allemagne, il saurait que plus de cinquante ans avant le plan “fédéral” S.S., et un siècle avant la convention des langues régionales, le manifeste français de MAURRAS et AMOURETTI avait clairement posé les bases de l’autonomie des régions françaises, sans avoir eu besoin de recourir aux phantasmes allemands.

Je voudrais faire remarquer à MM. HILLARD et COUTEAUX (entre autres) qu’aujourd’hui, c’est la conception qu’ont les Centristes Français de l’Europe, qui se rapproche le plus de la conception qu’en ont les Germains. M. BAYROU, interrogé publiquement par mes soins a clairement exprimé sa préférence pour une Europe Fédérale et son opposition formelle à une reformation française de cette nature. Ce sont là des positions rigoureusement opposées à celles de l’Alliance Sociale, pour qui l’Europe Confédérale est le seul prolongement plausible à une France devenue Fédérale, que sa forme de souveraineté devienne celle d’une République Communautaire ou celle d’une Royauté populaire.

Nos amis qui se disent “souverainistes” doivent en premier lieu comprendre que nous le sommes bien davantage qu’eux-mêmes, car ils réduisent le terme à sa seule fonction politique, alors que, prince des lettres, des sciences ou des arts, tout homme est appelé à une souveraineté de fonction. Tout homme est souverain dans la mesure où il excelle dans un domaine particulier. Mais le sens du “princeps” Romain, comme celui de l’“aristos” grec, a prévalu, jusqu’à ce que le souverain désigne surtout le “premier” sur le plan politique. Nous entendons en restaurer le sens profond et montrer que la souveraineté peut s’exercer, sans qu’il y ait contradiction, à chaque échelon de l’organisation sociale, professionnelle ou politique où l’autorité naît de l’extrême compétence.

Or le principe de subsidiarité n’est pas autre chose que le droit de la compétence à exercer son autorité dans le domaine qui lui est propre. C’est ainsi que les régions auront une souveraineté qui ne recouvrira pas certains domaines qui dépassent leurs moyens et qu’une souveraineté européenne peut se borner aux domaines que les nations auront profit à mettre en commun.

La souveraineté se perd par incompétence : c’est ainsi qu’en France les Carolingiens remplacèrent les Rois fainéants Mérovingiens. Et dans l’état actuel des choses, la destitution de la Vème République pourrait s’inscrire dans une logique semblable.

Alexis Arette,
à ses amis de l’Alliance Sociale après la lettre souverainiste de P.M. COUTEAUX : “L’Indépendance”.


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