Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

Il y a dix ans : la crise

1er 2009 par Arnauld de Ledinghen

En octobre 1998, Maurice ALLAIS, prix Nobel d’économie en 1988, publiait 3 longs articles dans « le Figaro » sur ce que l’on appelait déjà la crise financière mondiale. A l’époque, de gros mouvements sur les monnaies avaient entraîné l’effondrement des bourses asiatiques et russes. Quelque temps avant, en 1992, les spéculations d’un G. SOROS avaient obligé la Grande Bretagne à dévaluer la Livre. On constatait aussi des évolutions de cours de bourse très importantes d’un jour sur l’autre.

1ère remarque de M. Allais : « Les grandes institutions internationales sont bien plus occupées par les pertes des spéculateurs (indûment qualifiés d’investisseurs) que par le chômage et la misère engendrés par cette spéculation. »

Il accuse en premier lieu le mécanisme de création monétaire ex nihilo par les banques d’augmenter les risques financiers. C’est aussi une constatation faite par l’Alliance Sociale qui préconise depuis ses débuts l’exclusivité de la création de monnaie par les banques centrales.

2ème proposition : « L’efficacité de l’économie, comme l’équité, implique que les engagements réciproques soient respectés… et que ni les créanciers ni les débiteurs ne soient spoliés ». A cet effet, il préconisait l’indexation de tous les emprunts, « réductrice d’incertitude quant à l’avenir. »

A propos de la spéculation, il écrivait : « le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hong-Kong, puis à Londres, Francfort et Paris. Partout, la spéculation est favorisée par le crédit puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. » Comme on peut le constater en cette fin d’année 2008, la spéculation aboutit à « une dissociation entre les données de l’économie réelle et les cours nominaux » engendrés par ladite spéculation.

« L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile »… « Toutes les grandes crises du XIXème et du XXème siècle ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation. ». M. Allais dénonçait déjà « l’instabilité potentielle permanente du système bancaire… dans l’incapacité absolue de faire face à des retraits massifs des dépôts à vue ou des dépôts à terme arrivant à échéance, leurs actifs n’étant disponibles qu’à des termes plus éloignés. » Autrement dit, les banques utilisent leurs dépôts à vue ou à court terme pour faire des prêts à long terme

Pour sortir de ce « cancer qui ronge irrémédiablement les économies de marché de propriété privée », M. Allais proposait de revenir au droit régalien des états de battre monnaie, d’interdire donc à toutes les autres institutions financières d’en faire autant, puis d’empêcher de prêter à long terme de l’argent déposé à vue ou à court terme (3ème proposition).

Pour diminuer les mouvements erratiques des bourses, il suggérait de supprimer les spéculations sur les indices et les produits dérivés qui sont des moyens de gagner (ou de perdre) de l’argent virtuel mais monétisable, ces opérations s’apparentant plus à des jeux de casino qu’à des placements. Quand empêchera-t-on la création de revenus non gagnés, ne correspondant pas à des services rendus ?

Depuis dix ans, la généralisation d’internet a facilité grandement les mouvements boursiers puisqu’en quelques « clics » on peut acheter ou vendre tous les produits boursiers offerts depuis chez soi. Si on le désire, on peut faire plusieurs dizaines ou même centaines d’opérations tous les jours, d’où l’amplification des écarts de cours d’un jour voire d’une heure à l’autre. N’oublions pas non plus que la plupart de ces affaires peut se faire à crédit.

M. Allais avait déjà senti que la cotation continue des valeurs était néfaste et il préconisait une seule cotation par jour sur chaque place. Les coûts seraient dès lors diminués.

Enfin, exhortant nos responsables à tenir compte des enseignements du passé, il réclamait la création « d’institutions monétaires et financières appropriées, permettant un fonctionnement efficace et équitable d’une économie de marchés. » (4ème proposition). En conclusion, il dénonçait la « succession de doctrines dogmatiques, toujours soutenues avec la même assurance, mais tout à fait contradictoires les unes avec les autres, tout aussi irréalistes et abandonnées les unes après les autres sous la pression des faits. » Réaliste cependant, il constatait « la tyrannie du statu quo » et craignait à juste titre que l’arrivée de grands malheurs soit nécessaire pour faire les réformes indispensables.

Citations « Partout se manifeste une régression des valeurs morales, dont une expérience séculaire a montré l’inestimable et irremplaçable valeur. Le travail, le courage, l’honnêteté ne sont plus honorés. La réussite économique, fondée trop souvent sur des revenus indus, ne tend que trop souvent à devenir le seul critère de la considération publique. » M. Allais : « L’Europe face à son destin » (1992)

Voici maintenant les déclarations de G. Soros, qui se vante d’être un spéculateur ;

Dans « Le défi de l’argent »(1996), il reconnaît « qu’il y a quelque chose d’obscène dans le fait qu’on puisse comme lui, gagner autant d’argent avec de l’argent en comparaison avec le salaire d’un ouvrier ». Il continue ainsi : « Le culte du succès, ultime critère de valeur aujourd’hui, est devenu une source d’instabilité, car il annihile la capacité à établir la différence entre le bien et le mal, le vrai et le faux… L’argent devient valeur ultime… dangereuse absurdité ! … sans valeurs communes et sans équilibre des pouvoirs, notre civilisation va être anéantie. »

Dans « La crise du capitalisme mondial » (1998), il insistait : »l’élévation du profit au rang de principe moral est une absurdité » et il allait jusqu’à traiter le libéralisme de « darwinisme social », Marx et Freud « d’alchimistes sociaux » !

Aux critiques qui lui reprochaient des activités en contradiction avec ces déclarations, il rétorquait qu’il avait toujours été respectueux des lois et que, si les lois permettaient toutes ces transactions financières douteuses, il fallait s’en prendre aux hommes politiques.

Manifestement, nos sociétés ne sont pas encore soumises au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ…


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