Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

La fin du capitalisme … et après ? de Lucien Pfeiffer

Un livre toujours très actuel
1er 2009 par Arnauld de Ledinghen

La lecture de l’ouvrage écrit par le créateur du crédit-bail que fut L. PFEIFFER est particulièrement intéressante au moment où nous assistons à une des plus énormes crises financières depuis l’avènement du capitalisme.

Le chapitre XI « la bulle financière : un danger mortel » nous met en plein dans l’actualité. Partant, comme l’alliance sociale, de la constatation que « les états souverains ont été privés ou ont laissé en déshérence leur droit régalien de battre monnaie et d’en assurer l’adéquation avec les transactions sur les biens et les services », il met en évidence que les masses monétaires créées par le crédit sont bien supérieures aux besoins représentés par ces transactions.

« Un jour viendra où cette bulle financière éclatera » On peut aussi noter que Maurice ALLAIS l’annonçait déjà dans « le Figaro » en octobre 1998.

L’auteur imagine alors quelques scénarios catastrophe : faillite en chaîne des banques, émeutes des déposants lésés, pillage des magasins puis défaillances des entreprises gênées par l’arrêt des transactions financières, enfin chômage généralisé, marché noir, misère effroyable et sans doute guerre civile.

Il faudra alors redémarrer l’économie sur de nouvelles bases, peut-être à partir des S.E.L. (service d’échanges locaux) créant des monnaies de troc.

En bref, le capitalisme est en train de se détruire. L’ennui est que notre « civilisation »( ?) risque d’être mise en péril…

La situation actuelle de l’entreprise

« Nous sommes dans un système économique où domine la société de capitaux, un système où l’on est associé en raison de ce qu’on a et non en raison de ce qu’on est, un régime où le poids de l’associé dans les décisions est mesuré à l’argent risqué, au capital qu’il détient dans la société. » Autrement dit, l’intelligence et le savoir-faire de ceux qui oeuvrent dans la société restent secondaires en droit bien qu’ils soient essentiels pour la réussite, même financière, de l’entreprise. Toute entreprise doit répondre à 4 questions :
- Quelle activité ? ou mieux : que va-t-on faire ensemble ?
- Qui commande ? C’est en général le propriétaire qui le décide.
- Avec qui ? Des compétences associées dépendront les résultats.
- Comment répartit-on les résultats ?

Dans la société de capitaux, les résultats vont en totalité aux apporteurs de capitaux, le personnel étant de plus en plus considéré comme un élément du prix de revient- toujours trop onéreux. Et pourtant le capital n’est qu’une dette au passif du bilan, sans remboursement prédéterminé.

On notera que le régime capitaliste s’accommode aussi bien de la propriété privée que de la propriété publique du capital des sociétés. Ainsi le système organisé par l’URSS n’était qu’un capitalisme d’Etat. On distinguera donc capitalisme et libéralisme. On devrait aussi distinguer entre libéralisme (exaltation de la liberté individuelle) et épanouissement des libertés collectives, familiales, éducatives, communales, économiques.

Comme le dit bien L. PFEIFFER, nous vivons dans un régime « libéral » mais qui nous étrangle avec un « himalaya de règlements ».

Les propositions

Aujourd’hui, le coût des travailleurs rentre dans les frais généraux et les résultats sont à la disposition des actionnaires. A l’avenir, il faudra faire l’inverse : le capital sera rémunéré et son coût sera un élément du prix de revient, les résultats seront affectés aux travailleurs de l’entreprise (direction et salariés).

Pour l’auteur, qui veut mettre l’économie au service des hommes et non l’inverse, il faut créer des sociétés qui regroupent des capitaux mais surtout des partenaires. En conséquence, les capitaux devront certes recevoir une juste rémunération mais les partenaires (direction, salariés) se partageront les résultats. C’est le coût du capital qui devra entrer dans le prix de revient. C’est donc une inversion complète de la conception libérale de l’entreprise. On peut noter que ce système de sociétés serait particulièrement adapté aux sociétés modernes de service ou de conseil dans lesquelles les personnels sont très qualifiés et compétents dans leur spécialité.

Enfin, L. PFEIFFER propose plusieurs organisations juridiques pour y arriver. La technicité du sujet ne permet pas de l’aborder dans un bref article comme celui-ci. Le lecteur intéressé aura intérêt à ouvrir l’ouvrage lui-même (éditions Yves Michel).


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