La Tour du Pin en son temps
LA TOUR DU PIN EN SON TEMPS – Antoine Murat (via Romana)
Auteur du Catholicisme social en France (Ulysse, 1980), A. Murat vient de faire paraître La Tour du Pin en son temps (via Romana, 2008), préfacé par son petit fils, l’abbé Christian Thouvenot. En 380 p. (28 ch.) il expose les grandes étapes de la vie et la pensée de ce personnage exceptionnel, trop oublié, qui marqua son temps, et que notre époque serait bien inspirée de redécouvrir. Car il fut à l’origine de la Doctrine Sociale de l’Eglise exposée dans de nombreuses encycliques de Léon XIII à Benoît XVI.
Ch. I à 6 : LA MISE EN PLACE DU CATHOLICISME SOCIAL .
Héritier d’une famille qui depuis St-Louis fut au service des plus nobles causes, élevé dans les traditions familiales, après une brillante carrière militaire, il se consacra à remédier aux ravages des théories économiques révolutionnaires qui entraînaient des misères insupportables dans la classe ouvrière.
Mais à l’inverse d’un autre aristocrate Chateaubriand, ardent contre-révolutionnaire et royaliste aussi, mais gagné au romantisme, René de la Tour du Pin plus réaliste, allait s’attaquer à la cause du mal : le libéralisme. « Chateaubriand chante les ruines, la Tour du Pin les relève et bâtit » (p.22). De retour en France après les atrocités de la commune, fin 1871, de sa rencontre avec A. de Mun et Maurice Maignen naquit une amitié et un apostolat exceptionnel au sein de l’Oeuvre des Cercles qui devint le creuset d’une réflexion et d’une action en vue d’une réforme intellectuelle, morale, sociale et politique. « Aux doctrines subversives, aux enseignements funestes, il faut opposer les saines leçons de l’Evangile. Au matérialisme, les notions de sacrifice ; à l’esprit cosmopolite, l’idée de la patrie ; à la négation athée, l’affirmation catholique…. les hommes des classes privilégiées ont des devoirs à remplir vis-à-vis des ouvriers leurs frères » (A. de Mun, 10 Déc. 1871). De son côté, Léon Harmel mettait en application, dans sa filature du Val des Bois, les idées sociales.
Ce bouillonnement d’idées avait suscité déjà des courants similaires autour de personnalités, économistes et sociologues : en Allemagne avec Mgr Ketteler, l’abbé Kolping, en Autriche avec Mgr Schreiber, le père Weiss, le Comte de Blome, le baron de Vogelsang, en Suisse autour de Mgr Mermillod. Le Comte de Chambord, acquis à ces réformes sociales et opposé aux utopies libérales ou socialistes, les exprima dans sa Lettre aux ouvriers : « A l’individualisme opposer l’association ; à la concurrence effrénée, le contre-poids de la défense commune ; au privilège industriel la constitution volontaire et réglée des corporations libres ».
La Tour du Pin condensa cette recherche de la justice sociale dans 2 ouvrages : Vers un ordre social chrétien (1882-1907) et Aphorismes de politique sociale.
Ch. 7 : CONTROVERSES ET DEBATS AUTOUR DE LA JUSTICE SOCIALE.
Un des premiers sujets auquel furent confrontés les chrétiens sociaux (le père Caudron, jésuite, le Père de Pascal) face aux libéraux (le bâtonnier Théry, le père Hamon) concernait les rapports entre la justice et la charité. Si la morale exige en conscience, au for interne, la charité ne suffit pas et ne peut remédier aux situations d’injustice. Elle manque de force lorsque le droit d’autrui est lésé. Si la justice ne peut se passer de charité, la charité qui fait appel à la vertu surnaturelle ne sera jamais appliquée que par le petit nombre. Elle ne saurait dès lors être exclue du domaine de la législation et doit être imposée comme telle, par des institutions et tribunaux. « Un juste salaire ne saurait dépendre du bon ou du mauvais vouloir d’un patron, de l’égoïsme ou du caprice ou de la générosité d’un employeur », commente A. Murat (p.51).
Une obligation de charité peut faire l’objet d’une loi positive et devenir une obligation de justice afin de satisfaire la proportionnalité qualitative dans la distribution des biens. A ce titre la justice distributive, qui n’exclut pas la justice commutative résultant des contrats privés, entre dans la justice sociale qui inspire une législation, des dispositions propres à assurer une équitable répartition des charges et une participation aux avantages : « La justice sociale, c’est la conformité des rapports sociaux à un ordre social », disait la Tour du Pin, suivant en cela tous les grands philosophes, Aristote, St-Ambroise, St-Augustin et St-Thomas d’Aquin.
Ch. 8 : SALAIRE ET CONTRAT DE TRAVAIL.
Le salaire et le contrat de travail mirent en opposition les deux écoles. Les libéraux (Léon Say, J.Rambaud, H. Valleroux, H.Joly, C. Perrin) allèrent jusqu’à prétendre que « le patron est quitte lorsque le salaire est conforme à l’usage des lieux, même si le salarié meurt de faim… ». S’il est insuffisant, c’est à la charité à compléter la justice, pensait le bâtonnier Théry.
Plusieurs théologiens, le P.Costa-Rossetti, le P. Lehmkuhl, le P. Liberatore réagirent pour maintenir ferme le principe du salaire juste, suffisant à l’entretien de l’ouvrier et de sa famille. Il est inadmissible d’assimiler le salaire au prix d’une marchandise. Scandalisé, La Tour du Pin affirmait : « Il y a 3 écoles, celle où on considère l’homme comme une chose ; celle où on le considère comme une bête ; celle où on le considère comme un frère ».(p.57)
Pour lui le contrat de travail n’est ni celui d’une location, ni celui d’une vente, mais d’un échange de services. Pour qu’il y ait justice, il faut que les services échangés soient équivalents, c’est-à-dire que les fruits du travail doivent être partagés. L’entreprise est une association de travail et de capital, « qui fait à chaque associé une part non arbitraire, mais proportionnelle à son apport … Le patron doit considérer son ouvrier comme un associé commanditaire ». Il concluait à la nécessité d’un régime corporatif, seul capable, grâce au patrimoine corporatif, de gérer une caisse de compensation entre entreprises, délivrant le complément de salaire, versé pour l’entretien d’une famille.
Ch. 9 : LA QUESTION AGRICOLE .
Là aussi La Tour du Pin était en avance sur son temps et partisan des syndicats agricoles, de l’enseignement agricole, des Instituts de recherche, des caisses de prévoyance, de crédit, des mutuelles.
En matière de production agricole en pleine croissance et à propos de l’exportation présentée comme l’avenir, il résumait ses vues en 1886 : « l’Europe doit être considérée comme une unité économique, appelée à se protéger contre les spéculations du nouveau monde par des tarifs sensiblement prohibitifs et se couvrant par des tarifs différentiels… C’est la doctrine de l’économie nationale formulée par List » (p.66). Il préconisait « l’unité économique qui crée le marché local » pour échapper au chancre de la spéculation ». Pour lui la solution de la crise agricole repose sur la consommation intérieure qui est la clientèle à la fois la plus proche, la mieux connue, la plus sûre. Le maintien d’une paysannerie forte est indispensable à l’indépendance de la nation.
Ch. 10, 11, 12 : CONSIDERATIONS SUR LES SUCCESSIONS, L’USURE.
La Tour du Pin contesta les dispositions du Code Civil qui démantelait la propriété foncière en instituant, au nom du principe d’égalité qui considère le bien foncier en bien d’argent, le partage forcé et égalitaire d’une succession. Il en résulta le morcellement à l’infini des petits domaines, un abandon des campagnes et un arrêt de la natalité. Il préconisait la liberté testamentaire et le maintien de l’indivision. Il voyait dans cette législation le moyen pour Bonaparte de tuer la famille, comme corps intermédiaire et de laisser face à face les individus et l’Etat tout puissant, ouvrant la voie au totalitarisme. L’instauration de ce droit individualiste détruisait la continuité familiale et le « bien de famille », la famille étant alors considérée comme une société momentanée qui se dissout à la mort du contractant.
L’Oeuvre des Cercles d’ouvriers rappelait sans cesse aux riches et aux puissants que de grands devoirs correspondaient à leurs droits. Le droit des pauvres était proclamé aussi fortement. La propriété foncière est légitime, mais elle a une fonction sociale à remplir. Il fallait éviter l’erreur libérale qui s’attache au seul aspect individuel et se garder de l’erreur contraire, le socialisme, qui considère uniquement l’aspect social. Le droit de propriété et son usage ne sauraient être confondus : elle a essentiellement un caractère individuel, et ce n’est que secondairement qu’elle revêt un caractère social. Sans ériger en absolu la mise en pratique de ce principe, modulable en fonction du temps et des circonstances, il fallait tenter de rapprocher, jusqu’à les faire coïncider l’intérêt personnel, l’intérêt familial et celui-ci avec le bien social. (p.79). Que ce soit la propriété nationale, tribale, communale (les communaux), corporative, familiale, individuelle, aucun de ces régimes n’est exclusif de l’autre.
Quant à l’usure, inhérente au capitalisme, régime où l’argent est le maître, de multiples pratiques condamnables se cachent sous ce terme : « Le siècle actuel, écrivait-il, porte la marque de l’usure (Jalon II) en ce sens que l’enrichissement indu et amputé d’un intérêt excessif, allant au delà de la compensation pour la détérioration de la valeur prêtée est immoral, ou lorsque les rapports d’un prêteur à un industriel ne sont pas ceux d’un « associé ». Entrent dans ce cadre les obligations et rentes d’Etat, qui ne fon t courir aucun risque au prêteur. De même toute tractation, toute forme d’achat et de revente, qui sous-tend une spéculation. Celle-ci devrait être surveillée par l’organisation corporative de l’industrie, du commerce et de toutes les professions lucratives. Toutefois il considérait légitime la recherche d’une protection contre l’inflation, qui rompt la stabilité monétaire.
Ch. XIV – L’ORGANISATION CORPORATIVE .
Après le ch.13 qui décrit l’opinion de la T. du P. sur la question juive et l’affaire Dreyfus, il aborde la question sociale qui était devenue une question de subsistance, avec le chômage et l’universalisation de l’assistance et le salariat généralisé ne reposant que sur un contrat momentané entre un employeurs et un employé aux intérêts antagonistes, l’employeur prétendant obtenir le maximum de travail contre le plus faible salaire. La lutte de classe est inévitable lorsque l’économie est livrée à la seule concurrence. Une organisation des corps de métiers et des professions rétablirait l’ordre et la paix par la justice. (p.115)
Pour être une véritable association, elle devait comprendre tous les membres qui constituent la profession, qu’ils soient patrons ou salariés, aux attributions multiples pour régler tous les problèmes de la profession, d’ordre réglementaire, juridictionnel, représentatif…., comme les conventions collectives, la police du métier, la gestion des caisses sociales… C’est un droit semi-public à concevoir. C’était le principe du syndicat mixte, différent du syndicat mis en place par la loi de 1884.
La corporation repose sur la propriété du métier, qui consacre des droits au travailleur en raison de son brevet de capacité professionnelle et la qualité de son travail. De facto elle assure la stabilité de son emploi. Cette propriété du métier se complète par une propriété collective, qui en assure la garantie : le patrimoine corporatif indivisible et inaliénable, constitué d’une redevance proportionnelle à la production de chaque entreprise.
Ainsi la solution corporative refuse l’absolutisme du capitalisme libéral et rejette étatisme et collectivisme. C’est un régime de coopération organisée, adaptée à la variété de chaque profession et se corrigeant avec le temps.
Ch. XV, XVI, XVII, XVIII : L’UNION DE FRIBOURG, RERUM NOVARUM ET LES QUERELLES D’ECOLES .
Des débats se poursuivaient au sein de l’Oeuvre à propos du caractère confessionnel que devaient avoir les corporations. Pour La Tour du Pin le temporel devait être séparé du spirituel : l’union professionnelle n’est pas sacramentelle dans son essence, comme l’union conjugale. Elles doivent être ouvertes à tous, car ce sont des institutions sociales, indépendantes de l’Eglise et de l’Etat.
En 1885 il obtint, lors d’une entrevue à Rome avec Léon XIII la création d’une Commission des affaires sociales pour suivre les travaux de l’Oeuvre des cercles. Ce fut l’origine du mouvement de Fribourg sous la houlette de Mgr Mermillod, mais dont La T. du Pin fut le véritable fondateur et dont les travaux précisèrent la Doctrine Sociale de l’Eglise. Il en sortit la première ébauche de Rerum Novarum en collaboration avec les autorités sociales les plus influentes de Suisse, d’Allemagne, d’Autriche…
Léon XIII allait la parfaire, en dénonçant les erreurs de la solution socialiste, notamment à propos du droit de propriété, comme du libéralisme économique, qui ignore la dignité du travailleur et préconiser la solution corporative. Cette encyclique eut un retentissement énorme. Elle suscita aussi des querelles d’écoles, notamment chez les partisans du libéralisme et du collectivisme et même au sein de l’œuvre où l’on accusait la Tour du Pin de socialisme.
Le malentendu portait sur l’intervention de l’Etat, du fait de la perte en France de son caractère chrétien. Ainsi s’opposaient deux visions du monde. Mais la T. du P. replaçait toujours au premier rang, en matière sociale, la vertu de justice, quelque soit le régime, alors que certains (les libéraux) préféraient donner la prééminence à la notion de charité et de liberté et étaient réticents aux lois sociales, imposées par les pouvoirs publics. Pour les libéraux, le travail était considéré comme une marchandise, sans considération de la personne, G.Théry allant jusqu’à écrire : « quand un ouvrier ne gagne pas de quoi vivre, il émigre », alors que pour les chrétiens sociaux le contrat de travail était un échange de services, incluant une obligation morale envers le travailleur. Rerum Novarum ne parlait pas de justice sociale, mais de Bien Commun. Ces points furent précisés 40 ans après par Pie XI (Q.A.)
L’organisation corporative était réaffirmée comme la vraie solution de la question sociale, laissant les libéraux assez amers.
E.Romanet allait offrir la solution concrète par la création d’une caisse d’allocation familiale.
Ch. XIX, XX, XXI : Le CONTRE-PIED DE LA REVOLUTION, LE RALLIEMENT ET LE SILLON.
Tenant tête aux catholiques libéraux, et après l’échec de la formation d’un parti catholique par A. de Mun, la Tour du Pin fut vraiment « à la racine » du mouvement syndical catholique. Le premier syndicat agricole fut fondé en septembre 1884. L’œuvre des Cercles se dota en 1886 d’un outil de formation d’une élite sociale et d’étude pour proposer une doctrine élaborée pour le premier centenaire de la révolution(1889), réclamant la décentralisation et le rétablissement des Etats provinciaux. Une Assemblée se tint à Romans (Dauphiné) en novembre 88, où les délégués apportèrent leurs doléances, rédigées par les groupements sociaux.
Mais des débats internes opposèrent d’une part ceux qui voulaient distinguer le « confessionnel » du « professionnel », et ceux qui voulaient reprendre un 89 monarchique, légal, réformiste et rejeter le 89 révolutionnaire stérile. Considérant que le parlementarisme est un trompe l’œil, une seconde Assemblée des Etats du Dauphiné se tint à Voiron (5.3.1893) et présenta un véritable programme social et politique.
Pendant ce temps Léon XIII, qui cherchait à établir une entente avec la République, publia le 10.2.92 la Lettre Au milieu des sollicitudes, demandant aux catholiques français d’obéir au pouvoir civil établi et de reconnaître sa légitimité. Cette politique de ralliement jeta le trouble dans les rangs catholiques. Après l’échec aux élections de 1893, les uns, les ralliés, devinrent démocrates chrétiens, tandis que les traditionalistes restaient fidèles à eux-mêmes. Le catholicisme allait perdre sa force. Le Sillon avec Marc Sangnier, né de ces soubresauts, considérant la liberté comme le bien suprême et exaltant l’individualisme, Pie X, exaspéré, dut mettre en lumière ses différentes erreurs dans une Lettre du 25 août 1910. Le M.R.P., créé en 1945, continua dans cette mouvance.
Ch. XXIII : L’ORDRE CORPORATIF .
Suite au Ralliement et au Sillon, il n’y eut plus guère en France que la Tour du Pin et ses amis comme représentants fidèles de la doctrine sociale de l’Eglise. On arriva même à nier son existence ou à la déformer, l’organisation corporative étant réduite à un syndicalisme amélioré, organisé en association de syndicats mixtes pour défendre les intérêts de leurs membres et exerce(r un pouvoir disciplinaire. Ainsi se trouvait escamoté son essence même, la décentralisation administrative et le régionalisme qui vivifie les métiers et les enracine dans leur lieu d’exercice et son indépendance absolue vis-à-vis de l’Etat. Seule l’institution royale pouvait permettre la « fédération » de ces petites « républiques » sociales et économiques autonomes. C’était sortir d’un système administré sous le despotisme de l’Etat, où l’individualisme libéral s’exprime par le parlementarisme, pour mettre en œuvre l’instinct de sociabilité qui se manifeste dans l’association.
« Le corps social, disait-il, qu’il s’agit de doter d’une représentation politique, n’étant pas une cohue d’individus isolés, mais un composé d’organismes indépendants, représentés par leurs délégués. » Il considérait le syndicalisme actuel comme un simple élément de transition.
La famille et l’atelier sont les premiers de ces corps.
La commune doit être organisée par feux, et non par individus. Là commence la véritable décentralisation. La commune doit avoir la liberté de posséder. Il faut donc reconstituer la propriété communale. Il préconisait à côté du conseil municipal la création d’un conseil communal, sorte de conseil économique et social composé des familles et des diverses branches d’activités locales.
Le canton et l’arrondissement auraient eux aussi leur conseil, composé des représentants des associations de métiers.
Plus haut, les provinces et régions aux intérêts homogènes auraient leurs institutions, fondées sur les corps constitués. Toutefois il rejetait la convocation périodique des Etats provinciaux qui constitueraient par leur réunion des Etats Généraux. Ce serait un rouage d’une puissance excessive.
Ainsi ces CORPS constitués forment la charpente osseuse de la nation.
Comme ces Etats provinciaux expriment non un partage du pouvoir, mais « le consentement aux actes législatifs du pouvoir », lorsque les lois se rapportent à des « questions d’ordre absolument général », cette législation appartient à l’Etat. Ainsi la véritable représentation au niveau national se fait par l’organisation corporative, professionnelle et territoriale. Des Etats Généraux n’ont guère en commun que l’appellation avec ceux de l’ancienne France. Ils seraient la réunion assez exceptionnelle des chambres provinciales et non l’émanation de ces états. Il conviendrait qu’il y ait 2 chambres : celle des communes et celle des états corporatifs et de plus une représentation des corps judiciaires, administratifs ou académiques. A la différence de ce qui se voit aujourd’hui, « ces corps ne sont pas des organes de l’Etat, mais de la province, seulement soumis au contrôle de l’Etat, mais pas à la direction de ses pouvoirs ». …. « une Chambre unique pour toutes les professions serait une Tour de Babel ». « Il y a une telle antinomie entre l’organisation sociale des professions et le régime politique régnant ( un homme=un vote ) qu’il est impossible de réunir les produits de l’une et de l’autre origine dans un organisme unique ».
Il préconisait aussi une Cour des Pairs, totalement indépendante, gardienne de la constitution, comme l’est aux Etats-Unis la Haute Cour de Justice qui arbitre les conflits ou comme l’est le Conseil d’Etat.
Quant à l’Etat, il doit incarner le Bien Commun de la Nation selon le peuple en ses Etats, le prince en ses conseils. Si on a reproché à la royauté de vouloir unifier une France hérissée de libertés, elle se distinguait de la centralisation jacobine et révolutionnaire. En effet les légistes, depuis Ph. Le Bel, avaient été séduits par l’esprit du césarisme romain, qui déboucha sur le Code Civil, alors que la rédaction des coutumes était respectueuse des libertés. Progressivement le rôle des Intendants, administrateurs, devint prépondérant et effaça progressivement le caractère organique des la vie nationale. De ce fait la monarchie constitutionnelle, qui voulut mélanger les deux systèmes, avec la restauration et la monarchie de Juillet, ne convient pas à la France et fut un échec.
C’est pourquoi la royauté traditionnelle est la clé de voûte de l’édifice corporatif et de la décentralisation. C’est ce qu’on appelle la monarchie représentative, éclairée et contenue par les divers « conseils » qui l’entourent. « Le pouvoir législatif s’exerce par le roi en son conseil d’Etat et est tempéré par la représentation du peuple en ses Etats. » (Jalons, p.432)
CH. 24 à 27 : DIVERS
La fin de l’ouvrage est consacrée à des considérations sur les rapports de La Tour du Pin avec l’Action française, l’affaire Dreyfus, sa carrière militaire et les institutions préconisées par le Mal Pétain.
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