Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

Les cloches de nos clochers

dimanche 1er janvier 2012 par Benjamin Guillemaind

 

Alors que les beffrois et les campaniles exprimaient le pouvoir communal et servaient surtout de guet, les clochers ont toujours été l’âme de nos villages, la mémoire de nos ancêtres et l’expression spirituelle de notre civilisation chrétienne. Laurent Wauquiez l’a rappelé aux auteurs de l’Agenda européen, qui les avaient escamotés : « On ne doit pas avoir honte de l’Europe des clochers, qui est constitutive de notre identité. »
Quant aux cloches, si toutes les civilisations et religions les utilisèrent, sauf l’Islam, leurs usage se généralisa en chrétienté vers le VIIème s. et surtout au XIIIème s., où les progrès techniques les adaptèrent aux dimensions des cathédrales. Elles eurent plusieurs fonctions : indiquer l’heure par le son à la place des cadrans solaires, inviter à la prière et accompagner les principaux évènements de la vie : offices, angélus, institué par Urbain II en 1090 pour soutenir la première croisade contre l’Islam, baptêmes, enterrements…. En signe de joie, en 1944, à la Libération, toutes les cloches de la capitale s’ébranlèrent ensemble. Elles font parti de notre patrimoine. Il faut les sauver : les clochers et les cloches.
Les guerres napoléoniennes et les derniers conflits ne les ont pas toutes transformées en canons. 10.000 sont encore témoins de cette époque, dont 4.500 sont classées. En France on en recense environ 30.000. A Cologne le bourdon pèse 24 t. (1). Celui de Vienne 22 t. Il fut fondu en 1711 avec 180 canons abandonnés par les turcs. A Montmartre la Savoyarde, parce que fondue en Savoie en 1895, pèse 17 t.
L’art campanaire s’est ainsi perfectionné en mariant les tonalités émises par chaque cloche pour obtenir une mélodie harmonieuse lorsqu’elles sonnent à toute volée. Certaines, comme les bourdons des cathédrales, ne sont mises en branle qu’aux grandes fêtes. A Rome il ne s’ébranle qu’après la bénédiction Urbi et Orbi. A Chambéry qui possède le plus grand carillon (70 cloches), on l’ébranle aussi pour fêter la naissance du 9ème enfant d’une famille.
Le carillon est une variante de l’art campanaire. Sur un clavier qui actionne des cordes reliées à des « marteaux », un claveciniste joue un concert selon une partition. Les célèbres beffrois du nord recèlent ainsi tout un répertoire, qui fait le charme de ces provinces. Paris possède le sien avec 40 cloches, près de la Mairie du Ier arr. L’Eglise contiguë, St-Germain l’Auxerrois, possède dans sa tour sud « la Marie », nom de baptême de celle qui sonna le tocsin de la St-Barthelemy.
Deux métiers concourent à leur mise en œuvre : le fondeur et le campaniste. Une fonderie de cloches est un véritable antre de Vulcain. Le coulage est toujours une opération spectaculaire, qui se fait de moins en moins sur place, grâce aux facilités de transports. Entre un noyau intérieur et un moule extérieur, calculé selon des « planches à trousser » très précises, qui ménagent des épaisseurs différentes, on coule le métal en fusion. Après démoulage quelques rectifications permettent d’affiner la sonorité.
Le campaniste, lui, installe les cloches dans le clocher selon de multiples techniques qui vont du charpentier à l’électro-mécanicien, au métallier….Tout est électrifié : on ne recourt plus aux « clochards » pour actionner les cordes. Il assure aussi l’entretien et l’installation des horloges monumentales. Malgré des côtés peu agréables (courants d’air, vertige…) ces métiers ont le mérite de préserver notre patrimoine et notre identité. Un clocher sans cloche est un clocher mort.
 
  Benjamin Guillemaind
 
1) Son « battant » s’est fendu en deux lors de l’office de l’Epiphanie. Faut-il y voir un signe du ciel, en raison des reliques des Rois Mages exposées, qui sauvèrent l’enfant Jésus du massacre des Innocents, dont notre époque renouvelle l’horreur avec l’avortement ?

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