Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

SUBSIDIARISTES

vendredi 18 juin 2004 par Benjamin Guillemaind

50 % d’abstentions +6 % de nuls/blancs : c’est le rejet du système des partis. Il est urgent de réfléchir à un projet politique pour rebâtir sur des bases réalistes. Les souverainistes-nationaux tentent de résister à l’euro-mondialisme au nom de la nation souveraine. Sont-ils bien placés pour cela ? C’est au nom du ja­cobinisme de l’état nation que furent abolis nos souverainetés professionnelles et territoriales. Cramponnés au statu quo ils s’appuient sur une conception du peuple, addition d’individus coupés de leurs racines les plus profondes. Ils sont dépassés par les européistes qui, au nom même de ces principes de centralisme, veulent passer au niveau supérieur du super-état européen et casser les identi­tés nationales. Pour y parvenir ils invoquent le droit à la différence, allant jus­qu’au séparatisme ou à l’Europe des régions. Ils se justifient par le libéralisme économique qui abolit les frontières, laisse la libre circulation des marchandises, de l’argent et la facilité d’installations des multinationales : le même habitat, le même coca cola, le même super-marché, etc. Leur irréalisme ne rend crédible ni les uns ni les autres.

Alexis Arette l’a écrit dans le journal Éclair Pyrénées : « Le projet de dé­composer la Nation pour favoriser la formation d’un super-état européen est caressé avec faveur par le clan mondialiste, mais les arguments de certains souverainistes sont tout aussi odieux qui, au nom de l’unité nationale, refusent de reconnaître nos identités et nos droits à la différence ».

Les langues régionales

Ajoutée à l’Anglais qui « ne serait plus une langue étrangère », la charte des langues régionales vient d’accélérer la décomposition, ouvrant la porte à des langues sans ancrage avec nos terroirs et nos cultures, sans valoriser intelligem­ment les nôtres. Déjà Sieyès, l’abbé Grégoire et leurs compères firent tout pour anéantir le patois » et « universaliser l’usage de la langue française ». L’interdiction autoritaire des langues régionales fut un outil de la Révolution française pour instaurer l’État national "mono-ethnique", n’ayant qu’une seule langue : le français et une seule origine : les Gaulois, sans hésiter à pratiquer l’épuration ethnique des opposants comme en Vendée.

Les cultures régionales furent reléguées au rang de folklore ou présentées dans des réserves pour touristes. Par bonheur ces richesses survécurent grâce à des musiciens ou des écrivains de renom : Giono, La Varende, Genevois, Pourrat, Michelet, Mistral, Vincenot et tant d’autres. On a simplement oublié que l’unité française n’était pas l’uniformité, ni le caporalisme allemand. La France fut toujours une terre de libertés. Les langues régionales ne sont pas incompatibles avec l’usage commun de la langue françai­se. C’est une question de mesure et de modulation.

Les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont produit les plus beaux chefs-d’œuvre de notre langue alors que les patois et dialectes fleurissaient dans tous les pays de France. Mieux encore ! A ces époques les élites lisaient Virgile et Cicéron dans le texte et jouaient Sophocle en grec [1]. Les Romains, en important le latin comme langue administrative, s’étaient bien gardés d’interdire les dialectes régionaux. L’Église en en faisant la langue de l’unité et de l’universalité, reconnut toujours l’usage de parlers locaux pour les prêches, lectures, chants... et même les langues orientales, sans nuire à l’unité. Le latin ne fut imposé que pour le culte sacré, les documents canoniques et la formation aux humanités des clercs. C’était le bon sens. « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit. Depuis 1789 les souverainistes se sont engagés dans un processus de déracinement. Il se retourne contre eux selon le vieux proverbe : « On est toujours puni par là où on a péché ».

Reconstruire des institutions subsidiaires

La France est une construction politique, un assemblage de peuples divers, les fameuses tribus gauloises, qui depuis Vercingétorix surent à l’occasion se fédérer ou reconnaître là légitimité d’un pouvoir central souverain, tout en gar­dant des espaces d’autonomie et de liberté. L’unité durant plusieurs siècles fut maintenue par un équilibre harmonieux entre de multiples souverains où droits et devoirs se compensaient dans des rapports de réciprocité. Fondée à Reims en 496 pour une mission de nature divine, notre nation agrandie par des alliances, des mariages, des conquêtes, sut garantir les cultures régionales tout en apportant à ces peuples une religion d’amour, la sécurité, une unité linguistique, une administration grâce au principe de subsidiarité mis en pratique de façon em­pirique. Par nature la France est une et divisible. C’est plus qu’un hexagone. Nous n’aurions jamais perdu l’Algérie si ce principe, mieux connu depuis Maastricht, avait été appliqué en y accordant le droit à des lois spécifiques, comme la Lorraine et I’Alsace en disposent [2]. Elle possède bien une Sécurité sociale autonome qui est équilibrée. En est-elle moins la France ? La Suisse ne fait-elle pas cohabiter trois langues, grâce à des institutions subsidiaires ? Quant à la Belgique, sa fragilité ne vient pas de son multilinguisme mais plutôt de sa conception unitaire et jacobine de état nation, malgré une monarchie constitutionnelle. Tout état bâti sur ce type provoque tôt ou tard le séparatisme par réaction et rejet de l’uniformité. Yougoslavie et Irlande en offrent le triste spectacle. L’autonomie n’est pas le séparatisme ni l’indépendantisme. Il nous faut passer d’un état unitaire à un état subsidiaire, c’est-à-dire redistribuer des souverainetés à tous les échelons, laisser s’épanouir au plus bas niveau des libertés locales et professionnelles pour, au plus haut niveau, renforcer la souveraineté nationale d’un État, ultime rempart des libertés intérieures. Au-delà s’associer par des contrats négociés avec des nations voisines. Cela peut se faire par une institution typiquement française : les États généraux réunissant les états particuliers reconstitués, articulés entre eux par le principe de subsi­diarité à l’intérieur [3]

C’est pourquoi nous sommes subsidiaristes.

B.GUILLEMAIND

PRINCIPE DE SUBSIDIARITE

“On ne saurait ni changer ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale de même qu’on ne peut enlever aux particuliers pour les transférer à la communauté les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d’une manière dommageable l’ordre social, que de retirer aux groupements d’ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. L’objet naturel de toute intervention en matière sociale est d’aider les membres du corps social et non pas de les détruire, ni de les absorber”.Pie XI, Q.A. 1931

[1] Le Président finlandais de la Commission européenne vient de proposer le latin comme langue européenne...Il faut s’en réjouir

[2] En 14 ce furent des Bretons, des Savoyards qui possédaient encore un sentiment très vif d’appartenance à leur petite patrie qui vinrent au secours de l’Alsace

[3] Les souverainistes préconisent des Etats généraux de la souveraineté nationale. Ça ne veut rien dire. Historiquement les Etats généraux furent toujours la réunion des états particuliers.


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