Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

L’idée de patrie chez les Vendéens

vendredi 18 juin 2004

On a prétendu qu’ils étaient attachés à leur coin de terre exclusivement ; on a répété à satiété la parole de Michelet : « Plutôt que de quitter son coin de terre, le Vendéen eut fait la guerre au roi lui-même ». De cette parole on a abusé. Il tenait, certes, à son foyer ; il avait maudit la milice qui l’en arrachait, pour le transporter seulement à quelques lieues plus loin ; mais religieux et sentimental, il voyait surtout, au-dessus des patries grandes et petites d’ici-bas, une patrie supérieure, celle des âmes, prolongement de la patrie terrestre, bornée et temporaire. Il se sentait, pour ainsi dire, le citoyen de cette terre de l’au-delà ; il tenait à s’y réserver une place posthume.

Il se disait : encore quelques années, un siècle au plus, et tous ceux que nous voyons s’agiter autour de nous, auront reçu ou non, selon leurs mérites ou leurs démé­rites, la récompense de cette patrie bienheureuse. Serait-il raisonnable, pour des biens transitoires, ou pour éviter une persécution passagère, de renoncer à ce séjour fortuné ?

Quant à la patrie terrestre, pour lui, c’était surtout la terre où peinèrent les ancêtres. Le paysan de l’Ouest vivait en communion de pensée avec ceux qui l’avaient précédé sur le même sol, qui avaient prié dans les mêmes temples, dont les ossements blanchis­saient dans le cimetière, où sa dépouille irait un jour reposer, alors que son âme gagne­rait la vraie patrie, l’éternelle, l’illimitée.

Pourtant s’il affectionnait cette petite patrie provinciale, il ne méprisait nullement la grande ; il aimait probablement la France autant que quiconque à cette époque ; jamais on ne l’entendra blasphémer contre elle. Il ne se disait point séparatiste. Ce qu’il réprou­vait c’était la direction que ceux qui la gouvernaient prétendaient lui donner.

Il était tout disposé à se rallier au sens moderne et étendu du mot Patrie, à la condition que la Patrie, cette mère commune, si elle imposait à ses enfants des sacrifices pour sa défense, leur accordât, en revanche, les libertés élémentaires. Sans la connaître sans doute, il s’en tenait à la signification établie par l’Évangile : Ubi patria, ibi libertas ubi libertas, ibi justicia (pas de patrie sans liberté ; pas de patrie sans justice).

E. Gabory : La Révolution et la Vendée


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