Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

LES LIBERTES PROFESSIONNELLES

vendredi 11 février 2005 par Benjamin Guillemaind

Dans une conception fédérale, où il s’agit de fédérer non des individus, mais des états de vie, elles sont indissociables des libertés associatives, locales ou éducatives. Ces "états" professionnels (entreprises, métier) doivent bénéficier de libertés spécifiques, reconnues et garanties comme telles :

- en matière d’enseignement, de transmission et d’apprentissage en matière de gestion économique du métier (évolution des techniques, innovation, prix et salaires, déontologie du métier ....)

- en matière de financement : auto-financement, prêts, création de caisse d’épargne ou de banques professionnelles.

- en matière judiciaire, pour faire la police du métier

- en matière sociale : gestion des caisses décentralisée :( retraite, maladie ....)

- en matière politique : afin d’être représentés comme tels.

Dans une démocratie directe, toutes ces fonctions sont assurées par les interessés eux-mêmes, du fait de leur compétence.

Ce fut le cas tant que la société fut organiquement composée de multiples corps sociaux ou économiques qui servaient d’intermédiaire, d’espaces de solidarité et de lieux d’intégration entre l’individu et la société, globale.

La Révolution, au nom de la liberté individuelle érigée en dogme et au nom du libéralisme économique, a aboli toute contrainte. Elle a isolé l’homme économique et l’a livré sans défense aux aléas de la concurrence sans limites et au marché sans règle.

UN CODE DE ROUTE

L’Église n’a cessé depuis 1891 (Rerum Novarum) de rappeler les principes constitutifs d’une société structurée, organisée, qui fondent notre civilisation : Ils sont contenus dans la Doctrine Sociale de l’Église et sont le reflet du Décalogue.

C’est l’Etoile Polaire qui indique la route. Elle en laisse la liberté d’application aux intéressés. Ces grands principes peuvent se ramener à quatre :

1- LE DROIT DE PROPRIETE PRIVEE, même des biens de production ; c’est ce droit qui protège la liberté des personnes, leur octroie l’autonomie et le choix des moyens.

Ce droit n’est pas absolu. Il trouve sa limite dans l’usage, en raison de la finalité de l’homme et du Bien commun

2- UNE CONCEPTION ORGANIQUE DE LA SOCIETE, qui reconnait le droit à l’ autonomie et à la souveraineté des corps intermédiaires, que le libéralisme et le socialisme ont supprimés.

3- LE PRINCIPE DE SUBSIDIARITE des corps intermédiaires entre eux qui donne à l’organe supèrieur un devoir d’aide et de suppléance envers l’organe inférieur, de façon à ce qu’il dispose du maximum de moyens propres de s’auto-gérer.

4- L’ETAT EST LE GARANT DU BIEN COMMUN au plus haut niveau. Il protège les faibles et harmonise les intêrets de tous les "états" intermédiaires de la société.

Ces 4 principes sont inséparables.

Pas de subsidiarité possible, sans des corps intermédiaires organisés

Pas de corps intermédiaires réels, sans subsidiarité

DU SYNDICAT AU CORPS DE METIER

Les syndicats jouent un peu ce rôle de corps intermédiaires : ils suppléent à la disparition des corps de métiers. Les entreprises également. Mais comme l’a écrit Marcel CLEMENT dans "l’Economie Sociale selon Pie XII" : " Le syndicalisme, tel que nous le connaissons aujourd’hui est indispensable dans le capitalisme libéral en vue de "limiter les dégâts". Il rétablit dans les contrats de travail la qualité de sujet des salariés. Mais il est la réaction nécessaire d’une société gravement désordonnée. ll est donc toujours plus ou.moins menacé de ne donner à l’homme salarié qu’un qualité de sujet de droit minimum, d’intervenir de façon négative pour empêcher les injustices. Il n’intervient pas encore, normalement et organiquement de façon positive pour constituer l’économie ".

De plus dans une conception libérale, individualiste, ou dans une conception socialiste, les syndicats sont organisés en deux camps opposés : d’un côté les patrons, de l’autre les salariés, ce qui imprime au monde du travail une situation d’opposition permanente.

Quant à l’entreprise, elle est en position de conflit et d’agressivité constante vis-à-vis des autres entreprises concurrentes, dont elle cherche à prendre les parts de marché pour les éliminer et rester seule sur le marché, en situation de monopole. En économie socialiste, elle est intégrée à l’Etat et considérée comme un monopole, ne souffrant aucune concurrence.

Henri CHARLIER, dans la Réforme Politique, a relaté un essai d’organisation professionnelle mixte à Tarare entre 1935/1939. Le Président du Syndicat de la Teinture avait créé une organisation paritaire locale avec caisse professionnelle pour résoudre les problèmes de l’époque (licenciement, chômage...)

"Ce fut une révélation, écrivait-il,...l’ouvrier a souffert d’une inquiétude justifiée par l’application inhumaine du libéralisme et c’est le sentiment de son insécurité qui l’a poussé à formuler des revendications sans cesse renouvelées....De l’autre côté, le patronat s’est toujours opposé à ces revendications au nom ...du principe d’autorité. Le patron responsable d’une affaire entend y rester le maitre incontestable...... On essaye vainement de trouver la solution en s’appuyant sur l’entreprise ou sur l’Etat.... On vise trop bas ou trop haut. C’est pourquoi, nous préconisons d’asseoir les organismes chargés d’apporter aux ouvriers une véritable augmentation de sécurité sur la profession organisée localement.."


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