Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

La Vendée modèle d’équilibre économique (suite)

lundi 21 novembre 2005 par Benjamin Guillemaind

Afin de conserver la spontanéité du langage parlé et l’authenticité des intervenants, cette transcription est, à quelques retouches près, le texte initial des deux cassettes - brutes d’écoute - de l’émission que l’on peut se procurer auprès de Radio-Courtoisie, 61 Bd Murat 75016 Paris pour le coût de 2x 9 euros= 18 euros (Mardi 1er mai 05)

Benjamin GUlLLEMAIND : Christian BOURMAUD, vous êtes le patron de Bourmaud Voyages, une entreprise de transports-touristes. Pourriez vous nous faire un tableau de votre entreprise, vos origines ? Comment avez-vous commencé ? Christian BOURMAUD : Papa était agriculteur avec son frère et son père. A l’époque, en 1959, un circuit a été demandé à la gare de Montaigu. La ferme commençait d prendre de l’extension ; 3 sur une ferme, c’était beaucoup. C’est mon beau père qui le premier a acheté une D4 Peugeot avec radiateur. C’est mon grand père qui était chef de gare, qui a payé le premier véhicule à papa qui faisait son "scolaire" matin et soir et revenait à la ferme tous les jours. On mettait au point mort dans les côtés pour ne pas consommer d’essence à l’époque. Ca a commencé tout simplement. Ensuite il y a eu le ramassage scolaire qui s’est mis en place et après, un peu de tourisme. Et je suis fier de dire que mon père était agriculteur ; la terre apporte beaucoup. On a dit que les agriculteurs avaient bien les pieds sur terre et je pense que c’est vrai, parceque ça n’a jamais été simple avec la température. L’entreprise a pris une certaine expansion. Aujourd‘hui on arrive à une vingtaine d’autocars de diverses contenances. Le ramassage scolaire en Vendée, c’est 350 cars qui sillonnent les routes tous les jours. 36.000 enfants transportés par beaucoup d’entreprises familiales. Il y a entre nous une symbiose qui se crée ; on est tous du même terroir en 2ème et 3ème génération, et tous des enfants de transporteurs. On est tous un peu dans le même bain. Il faut dire que notre métier n est pas un métier facile ; on a des risques terribles, parce qu’on transporte des enfants, des adultes avec une épée de Damoclès sur notre tête tous les jours. Il faut avoir la foi et il faut élever le débat, car parfois c’est très dur. Nous sommes 3 frères associés après le décès de papa et nous pouvons continuer sous forme de "société". B.G. : Combien avez-vous de salariés ? Ca doit poser des contraintes pour les chauffeurs, qui font des voyages lointains et doivent quitter leur famille. Il y a une organisation que vous essayez d’humaniser. C. 8OURMAUD : ll y a deux métiers : le scolaire, facile à gérer et des emplois du temps faciles à organiser. Toutes les grosses entreprises essayent d’aller dans cette niche, parce que c’est facile. Par contre le tourisme, personne ne veut en faire, car il faut trouver un chauffeur qui accepte de travailler la nuit, partir 8/10 jours au loin de son foyer et travailler les week-end. Trois contraintes incompatibles avec la vie moderne. Dans notre petite entreprise familiale, on s’efforce à ce que chaque chauffeur ait une variété d’activité, pour qu’il ait aussi une vie de famille. Car on le voit bien dans nos familles vendéennes, ça finit par des divorces. Alors on essaye qu‘il ait une autre activité, qu‘il s’occupe des pneus, de la mécanique pour qu’il ne parte qu’une fois par mois plusieurs jours et ait une vie de famille. Un chauffeur qui est heureux dans sa famille, est heureux dans son métier. Etre au volant d’un camion ou d’un car, le patron c’est le chauffeur. ll est autonome. Et s‘il est heureux, il fera bien son travail. Et puis il y a les lois et les contraintes, qui en France sont plus fortes que la réglementation européenne. Par exemple un chauffeur européen peut travailler deux jours consécutifs ou faire 16 h. d‘amplitude entre départ et arrivée.... En France, on est obligé de faire des coupures, ce qui oblige au double équipage ......Ça explique qu’un belge peut venir piquer du travail dans le Pas de Calais.....On est européen, mais il n’y a pas d’uniformisation.... W.MONTASSIER : Vous voyez la différence... Il y a pire que la directive Bolkenstein, il y a en France la loi FITERMAN, un communiste. C. BOURMAUD : Le problème était clair à l’époque. C’était le but du jeu : transférer du trafic voyageur vers le rail. Non ! II faut que chacun vive. Tout le monde doit vivre. Il y a de place pour tout le monde sous le soleil. T.ROLANDO : Ce que dit C.Bourmaud est important, pour nous qui avons de gros secteurs transports en Vendée. Nous y sommes particulièrement sensibles. Le pavillon français est dramatiquement en danger. ll diminue chaque année dans les trafics français, parce que le transport routier est plombé 1) par les normes sociales : nous avons des contraintes horaires plus défavorables, 2) et par les contraintes fiscales, qui grèvent les transporteurs français. Ce qui fait que chaque année, nous voyons le pavillon français diminuer et les grands transporteurs français passer sous pavillon étranger. W.MONTASSIER : Pour rebondir là-dessus, on a réussi à développer en Vendée un très grand secteur d’entreprises, les GIRARD, GRAVELEAU .... qui globalement sont issus des années 60, époque où la Vendée n’était pas désenclavée. On n’avait pas le réseau routier actuel. Quand elles sont nées, il n’y avait pas de facilités à cette époque. Ce qui veut dire que l’innovation ne vient pas nécessairement de la facilité. Ce sont parfois les contraintes qui sont les leviers de la créativité. Il y avait un alexandrin de P.VALERY : " Quand on donne à une danseuse des ballerines étroites C’est là qu‘elle invente un nouveau pas de danse" Eh bien, les transporteurs sont un peu les danseuses de P.VALERY. Dans ce qu’ont dit G.FONTENEAU et C.BOURMAUD, le chef d’entreprise vendéen a un projet de vie. Il s’inscrit dans le long terme. ll n’est pas dépendant des marchés financiers. Il veut des entreprises perennes, qui se développent et développent leur territoire. Il a le souci de la transmission dans le cadre familial ou à des repreneurs locaux. Parce qu’on a toute une génération d’entrepreneurs qui arrivent à plus de 55 ans. C.BOURMAUO : C’est ce qu’a dit P. de VILLIERS à Rocheservière. Quand il est arrivé en Vendée, il n’y avait rien du tout comme réseau routier. On était complètement isolé. Grâce aux autoroutes, des 2 fois x 2 voies, on est désenclavé. P.LECOMTE : Vous parlez de la transmission des familles et des actions. J’ai plusieurs témoignages : Les BOUGRO, ce sont des gens qui ont 60 ans. Leurs 3 filles et leur gendre reprennent l’affaire familiale. Ils m’ont dit : nous voulons rester autonomes. Ils ont mis un très long temps avant de rentrer en bourse, parce qu’ils ne voulaient pas d‘apport de capitaux étrangers. C’est le cas de ROTUREAU : c’est le symbole de la modernité et de la tradition. En 100 ans, ils se sont déplacés de 100 m. " Si l’on veut être performant, c’est sur la qualité et la main d’oeuvre qu’il fait miser pour monter en gamme." .. B.G. : Ce que l’on constate dons le monde de l’artisanat et des P.M.E., c’est la pression croissante des grands groupes pour racheter des PME et les concentrer, les entrainer dans une politique de mondialisation. Là les pouvoirs locaux jouent beaucoup. W. MONTASSIER : C’est un enjeu économique, parceque toutes les entreprises n’ont pas assuré la transmission en interne. On n’a pas forcément les enfants pour cela, ni la volonté. En ce moment on travaille beaucoup avec les chefs d’entreprise à une prise de conscience du problème que la transmission va poser. Le chef d’entreprise a aussi le nez sur le guidon. Ce n’est pas l’homme à penser à sa retraite. Mais au delà il y a aussi la perennisation de l’entreprise, de l’outil de travail et aussi le souci qu’elle reste en Vendée. On travaille à les préparer à cela et on met en place un certain nombre d’outils pour faciliter la transmission à des repreneurs, si possibles des personnes physiques, qui restent sur place. Parce que si le centre de décision se déplace de Vendée, ça veut dire que la Vendée n’est plus un territoire prioritaire, quand la question d’un déplacement se pose. Alors que si elle reste en Vendée, le premier réflexe c’est de regarder autour de moi. Cest un enjeu important. Et on a un certain nombre de partenariats avec les Ch. de Métiers pour faciliter la transmission d’entreprise. T.ROLANDO : Je vais donner un exemple récent, l’année dernière, à propos de Vendée-Globe lère grande course à voile du monde et propriété de Ph. JEANTEAU. Il s’agissait de sauver Vendée-Globe et nous étions en compétition avec d’autres grands groupes, qui auraient pu racheter et délocaliser cette épreuve. Le choix de Ph. de VILLIERS a été de lancer un appel pour que ce soit non pas une affaire de collectivité territoriale, du département, mais que ce soit une affaire vendéenne. Et en 10 jours, les 30 plus grands groupes vendéens, les grands patrons ont donné leur accord pour sauver Vendée-Globe. C’est un exemple d’une grande cause vendéenne, qui vient d’être sauvée par la mobilisation de chefs d’entreprises. C’est un trait de caractère des chefs d’entreprises vendéennes, qui croient à cet ancrage et défendent l’image : Vendée. Questions d’auditeurs et coupure habituelle de 19 h.30 B.G. : C. BOURMAUD, abordons les questions plus techniques. Les accidents de cars sont souvent spectaculaires. Vous avez des contraintes très rigoureuses pour vos véhicules. Comment fonctionnez vous pour avoir un parc de qualité ? C. 8OURMAUD : Nous avons tous les 6 mois un contrôle des mines. Ensuite un autocar coûte de 1m4 à 1m.8. C’est à chaque entreprise à prendre ses responsabilités. Nous avons un garage intégré. Il y a 15 à 20 ans, on faisait faire le boulot ailleurs, mais on s’est aperçu qu’on faisait beaucoup de préventif. Mon frère est mécano. C’est compliqué un autocar. Il y a 25 ans, du moment que le moteur marchait, on était content. Aujourd’hui, vous avez l’air conditionné, les toilettes, la vidéo, le frigo, la machine à café. Ca fait des pannes et du matèriel à entretenir. Avoir un atelier intégré nous donne une force au niveau coût et entretien B.G. : Et vous faites beaucoup de pélérinages. C.SOURMAUD : On était 7 enfants. En 1969 maman a eu une tumeur ou cerveau ; le plus jeune avait 2 ans, l’ainé ll ans. Une famille assez rapprochée comme beaucoup de familles vendéennes. Elle a été opérée 2 fois à Nantes et est tombée dans un coma prolongé, qui s’est aggravé dans les 30 jours suivants. Le Docteur a dit à papa : dans 24/48h, votre femme sera décédée. C’était dramatique : 7 enfants, la famille...Ce jour là il va manger chez sa belle soeur à Nantes qui lui dit : ce matin j’ai vu une dame qui vient de faire le pélérinage de San Damiono et qui m’a donné un petit mouchoir de la Ste Vierge, mouchoirs qui sont donnés pour guérir les âmes et les corps. On a toujours été catholique. On a toujours été à l’église comme tout le monde. Alors il a pris le petit mouchoir. Il est arrivé à l’hôpital et quand il a mis le mouchoir sur le front de maman, tous les appàreils se sont mis à sonner, comme si tout était arrêté. Alors papa a dit : Ca y est, ma femme est morte !... Et non, elle s’est réveillée. C’est assez extraordinaire. Elle s’est levée et a fait 2 à 3 fois le tour de la pièce. Et maman a guéri de sa tumeur au cerveau. Elle est revenue à la maison. C’est vrai, ca a changé un peu l’orientation de la famille. On a fait un peu plus de pélés. On est allé à San Damiano, à Lourdes, à Fatima, La Salette..... Pour nous, ça a été un virage comme au niveau familial. Papa est décédé il y a 3 ans. Et plus le temps passe, je me dis : pour nous c’est un miracle. Il n‘y a pas photo. Il n’y a plus qu’à se mettre à genoux et remercier la Ste Vierge de ses grâces, tout en sachant qu’après on a eu dans la famille un prêtre et une religieuse. C’est pourquoi on est toujours très heureux de faire des pélérinages. On est allé à Rome quand le Pape est décédé. En 1978, j’étais aussi à Rome quand Paul Vl est décédé. Quand les gens se mettent à genoux, on élève le débat, on sort du matèrialisme. B.G. C’est l’observation d’une auditrice : les chauffeurs de BOURMAUD sont très complaisants, ce qui est rare chez les chauffeurs de car. C. BOURMAUD : Je pense qu’on a de braves garçons. Comme beaucoup de vendéens, ils font ce qu’ils peuvent. Un jour le directeur du collège de Rocheservière, qui est conseiller général, nous disait : Qu’est-ce que vous voulez, vous les transporteurs ? Je lui dis : donnez moi quelqu’un d’honnête et de courageux. J’en fera ce que vous voudrez. C’est ce que disait tout à l’heure M. MONTASSIER....Prenez l’exemple de l’entreprise KASBORER, qui est un fleuron du tourisme-autocar allemand. En 1983, il a conçu un nouveau car, et en même temps ouvert une nouvelle usine de pièces détachées, qui n’a jamais marché, parce que KASBORER était parti depuis deux ans et ils ont mis à la tête des énarques, qui avaient des grosses valises et pleins de diplômes. Trois ans après, l’entreprise a été en faillite et vendue à Mercedes. Le problème des vendéens, l’avantage "des gars bé de chez nous", comme on dit, c’est qu’on prend un gars et on préfère le former, le former et il arrivera à la tête parcequ’il aura tout acquis. B.G. Je vais demander maintenant à Pauline LECOMTE de nous décrire quelques portraits de chefs d’entreprise vendéens. C. BOURMAUD vient de nous dire : ils sont courageux, tenaces, rustiques. Dans votre livre vous ajoutez d’autres qualités : issus du rang, ils ont les pieds sur terre, pas de culte de l’argent, pas de culte de la puissance, esprit associatif, fidélité à leur métier, très convivial, peu emprunteurs......c’est le pays où ils payent le mieux leurs impôts P.LECOMTE : Avant de parler du présent, il faut revenir aux racines. Les vendéens ne seraient pas ce qu’ils sont, s‘il n’y avait pas cette mémoire tragique, qui au lieu de les enfermer - c’est cela le miracle vendéen- les a soudés. Le grand historien A.GERARD dit : Je suis étonné de leur pudeur. Ils n’ont pas de haine envers les autres. Aucune. Il a une très belle phrase que je lis : "Par ce silence de l’histoire officielle, les vendéens se murent dans un autre silence : tous ces morts censés ne jamais avoir vécu trouvent asile dans le coeur des vivants. " C’est la base de tout. Après, ils ont vécu, au 19 ème et début 20ème, à l’écart du monde et n’ont rien demandé à personne. Ils se sont débrouillés tout seuls sans jamais se plaindre. Ils ont développé des qualités. Ils ont inventé une autre manière d’être. Et quand le développement économique a pu se faire grâce à la construction des autoroutes, ils étaient prêts et ont pu montrer toutes leurs qualités qui étaient endormies, mais qui étaient là, profondes. Ils se sont hâtés lentement vers la modernité. Ils sont arrivés un peu plus tard que les autres. IL n’ont pas pris le mauvais côté. C’esl le caractère spécifique des vendéens, si bien qu’il n’y a pus l’argent pour l’argent, mais ils ont les qualités du capitalisme, c’est-à-dire l’esprit d‘entreprise, le désir permanent de travailler, l’amour du travail, de la compétitivité, mais saine. Ce n’est pas l’argent pour l’argent. Il y a la modestie. Ainsi, le patron de Fleury Michon. Un jour A.GERARD lui dit : "Alors, maintenant c’est la réussite ! C’est le grand luxe, pourquoi te promènes tu dans une voiture comme ça ?“ ll lui répond. "Tu ne me vois pas me promener en B.M.W., en Rolls, j’aurais honte." Alors l’entreprise se développe. Il y a les meilleures machines. Mais la dernière chose qu’ils vont transformer, ce sera le siège. C’est cet esprit particulier sur lequel j’insiste. Il n’y a pas de bourgeoisie. Il n’y a pas des possédants et des victimes. Le patron travaille autant que ses ouvriers. Ils le voient. Il vit aussi simplement qu’eux. Comme il n’y a pas de " ville", ils ont les mêmes loisirs, se retrouvent dans les mêmes endroits, ce qui crée une communauté. Et par rapport à la question de l’immigration, j’ai vu de nombreux jeunes extèrieurs qui disaient : nous, on vient de Nantes ou d’ailleurs et on se sent très bien en Vendée. Donc la Vendée arrive très bien à intégrer l’immigration, parce qu’il y a un aménagement du territoire très particulier. les MICRO-POLES sont des modèles. La modernité, la nano-technologie, on n’est pas dans la phase de la grande industrie. On est dans le petit. Le territoire vendéen est très bien adapté pour cela. Il peut très bien entrer dans le troisième millénaire de la modernité.. Comme disait W. MONTASSIER : ils n’ont pas fait table rase. Un exemple particulier, c’est le PUY du FOU. On y développe des technologies avancées. Jean Louis LIEGEOIS pour la fauconnerie, chasse le faucon comme au temps de Frédéric II. Son livre de chevet, c’est le livre de fauconnerie de Frédéric II. C‘est le lien de la tradition et de la modernité. Vincent GUILLOTEAU pour la cavalerie a recherché les anciennes façons de monter des chevaux, recherché notamment certaines races qui avaient été tuées à la Révolution. Quand ils ont fait des spectacles de cosaques, ils ont cherché les anciennes techniques. Pour eux, on s’appuie sur le socle du passé. W.MONTASSIER : On a un souci de vérité historique . Par exemple les mouvements qui se passent sur l’étang et qu’on ne voit pas durant la cine-scenie emprunte à la tectonique des plaques des technologies appliquées à Kourou pour le lancement de la fusée Ariane. B.G. : Pourriez vous, P.LECOMTE, nous parler de l’entreprise SOULARD, qui a fait parler d’elle. P.LECOMTE : La Vendée est un modèle anti-marxiste. Dominique SOULARD est le PDG des meubles Gautier, qui appartenait à un grand groupe. En 1999 il était directeur général. Son groupe veut le licencier. Il y a une mobilisation générale de tous ses employés qui se mettent en grève. Lui, en est étonné. Il était même inquiet. Il ne voulait pas qu’ils se mettent en grève pour lui. Ca a pris des proportions considérables. Mais le plus surprenant, c’est que les ouvriers ont été nourris gratuitement par des entreprises comme Fleury Michon, Sodebo... Le Conseil Général s’est déplacé, a soutenu. C’était le monde à l’envers. La fin de l’histoire, car ce n’est pas terminé. Grâce à cette grève, le groupe a flanché. Il y a eu un médiateur et D. SOULARD, avec l’appui d‘entreprises vendéennes a racheté son entreprise et le groupe qui a voulu le licencier a disparu peu de temps après. Maintenant il est actionnaire principal avec sa famille. Ca se passe merveilleusement et comme il disait lui-même : “ Moi, je suis né, j’ai été dans le même village que mes employés, dans la même école, on prend le café ensemble.". Voilà ! W. MONTASSlER : Là encore pour compléter. La Vendée n’est pas marxiste, vous l’avez compris. Non seulement il n’y a pas de lutte de classes - ou alors elle est inversée - avec un exemple qui a estomaqué la France entière. On n’était pas bien sûr de lire l’information dans le bon sens. Mais surtout la Vendée n’est pas marxiste, parceque le modèle économique procède de la culture.. Le marxisme, c’est l’inverse : la culture procède du modèle économique. P. LECOMTE : li faudrait même parler de culture en terme végétal, comme de culture agricole. C’est un écosystème ; en Vendée, il y a le Bocage, le Marais, la Plaine. Il y a des cultures différentes. Ils ont des tempéraments différents. C’est important, car on ne va pas gérer les gens du Bocage comme ceux de la mer. A St-Gilles-Croix de Vie, c’était une tradition bleue, tandis que le Bocage était blanc et ça le reste. C’est le drame de la constitution européenne ; En voulant régler par le haut, on tue des équilibres fragiles. C’est comme dans la végétation, on ne traite pas tout de la même façon. On tue le pays réel. Il y a des microcosmes, des petits ordres qui, juxtaposés les uns à côté des autres, font un grand ordre. Ceux qui veulent gouverner doivent encadrer en laissant les libertés s’exercer de façon empirique. C. BOURMAUD : En 1793, ce sont les paysans qui ont été cherché les nobles. Ce ne sont pas les nobles qui sont venus. Deux siècles après, on retrouve un peu la même chose ; Ph. de VILLlERS dit : "on nous reproche de ne pas foire de social. Mais ça se fait naturellement". Qu’est-ce que c’est : faire du social ? C’est donner du boulot aux gens. C’est ça, faire du social. P.LECOMTE : C’est quand il n‘y a pas de solidarité entre les êtres qu’il faut "faire du social". Là, il y en a. Il n’y a pas besoin d’en faire auprès des personnes agées, parce que, là, elles vivent en communauté avec les jeunes. Le PUY du FOU en est un exemple extraordinaire. C.BOURMAUD : Ca va faire rire ! Comme l’exemple de Fleury Michon. On avait acheté un car neuf. J’ai dit aux gars : je préfère que vous ayez le meilleur matèriel pour faire votre boulot que moi je roule en Mercedes de 300.000 F. Ca m’intéresse pas du tout. C’est ce qui enrichit l’entreprise et qui vous enrichit, vous avec. Ca c’est important. B.G. : Vous êtes aussi,à Rocheservière, dans un pays qui a beaucoup souffert de la Révolution. Il faut rappeler la proximité des Lucs. C. HOURMAUD : Aux Lucs sur Boulogne le 22 février 1794, les colonnes infernales ont fait 524 morts le même jour, entassés dans l’église, dont 200 enfants. Nous, à Rocheservière, la veille il y a eu 33 personnes tués. On a fait une stèle avec des gens du patrimoine : Elle fait 2m sur 1m20 avec l’immaculée Conception. On a inauguré cette stèle le 15 août par un chapelet : c’était émouvant. La découverte du massacre des Lucs a été faite par le curé des Lucs, BARBEDETTE. L’abbé DOINEAU, lui, a été tué. On l’appelait "ie curé grands bots" (grands sabots en patois). Il n’a jamais été pris par les bleus. Et clin d’oeil de la Ste Vierge : un siècle plus tard en 1871, les petits voyants de Pontmain s’appelaient BARBEDETTE et de la famille BARBEDETTE. Ils sont devenus prêtres. Ce devait être un saint homme et le bon Dieu l’a récompensé un siècle plus tard par ces petits enfants. Questions d’auditeurs. - L‘action de Ph. de VILLIERS n’est-elle pas déterminante ? - La Vendée ne serait-elle pas un modèle pour une autre Europe ? P.LECOMTE : J’aimerais répondre à une question. Je dirais que c’est un bon mariage. Sans les vendéens, Ph. de VILLlERS n’aurait pas fait grand chose. Les Vendéens ont un Président de Conseil Général très dynamique qui respecte leur diversité. Je dirais que c’est une alliance. Il y a certains hommes politiques qui aiment autant l’histoire de leur région. Mais c’est en connaissant l’homme qu’on le défend. Il faut que l’homme politique soit enraciné localement. Il est effarant de les voir passer de région en région. Pour moi un homme politique est un enraciné. Il y a aussi des hommes politiques de gauche enracinés, c’est cela qui est important. Ce sont eux qui défendent le mieux au parlement leur région. W.MONTASSIER : Je voudrais compléter. C’est un homme enraciné dans son histoire et son territoire, mais c’est aussi un créateur. Il y a peu d’hommes politiques qui aient le même bilan personnel de création d‘activités. Il n’y a pas que le Puy du Fou. La France aurait "une autre gueule", si tous les hommes politiques avaient le même esprit d’entreprise et de créativité. Je voudrais revenir sur le social. On a dit qu’on ne faisait pas de social en Vendée. Ce serait un peu raccourci. On ne fait pas de social qu’au plan économique : créer des emplois et des activités. On a un taux de chômage très faible. Mais je suis aussi dans des commissions sociales d’insertion. Et on a travaillé à ce que les RMistes soient insérés. 100% des RMistes sont dans des contrats de réinsertion. En tant que conseil général, le social est la première de nos compétences, avec les routes. C’est le premier budget. Mois on le met sur quoi ? - Sur les personnes agées et les handicapés. C’est pour dire que l’été de la canicule ne s’est pas passé en Vendée. Là encore on a regardé la France avec des yeux ronds, parce que nous avons des solidarités locales, familiales et associatives. On ne laisse pas tomber nos vieux. Il y a eu quelques décès de fin de vie, mais pas de catastrophe due à la canicule, parce qu’on a fait le choix de petits logements, de petites maisons de retraites. Ca permet de maintenir les gens dans des cercles familiaux et locaux et d’entretenir des réseaux de solidarité. B.G. : Je voudrais donner la parole maintenant à Mme Andrée MATTEACCIOLI. Vous êtes co-auteur avec d’autres universitaires d’un ouvrage, dans le cadre de "l’Institut de Recherche Economique et Régionale", intitulé : Réssources naturelles et culturelles, Milieux et développement local, édité par le GREMI à l’Université de Neufchatel (Suisse). Cet ouvrage relate un certain nombre de réalisations exploitant une ressource locale marchande : la corderie de Rochefort, Florence, les sites miniers, la Bièvre.... Personnellement, vous y avez écrit un chapitre sur le PUY du FOU, où vous analysez les effets économiques. A.MATTEACCIOLI : Au GREMI (Groupe de recherche européen sur les milieux innovateurs) nous travaillons depuis une dizaine d’années sur les milieux innovateurs, industriels et technologiques et sur les relations entre le milieu local et les progrès techniques. Nous avons pensé que les ressources naturelles et culturelles pourraient, aussi bien que les progrès techniques, contribuer au développement local et au développement durable. Cet article sur le PUY du FOU a pour but de montrer que le contexte territorial n’est pas étranger à la valeur innovante de la ressource patrimoniale, historico-sociale et culturelle du Bocage vendéen. Alors quelle est cette ressource ? Elle est double. C’est d’abord l’histoire, la mise en valeur, théatraliséee en quelque sorte, de l‘histoire de la Vendée au cours des siècles. Mais cette ressource est valorisée par le bénévolat, dont-on n’a pas encore parlé. Or là aussi ça confirme un état d’esprit Comme vous l’avez dit, cette ressource a été mise en valeur grâce à une idée innovante de Ph. de VllLLIERS. ll faut savoir que cette création a été faite en 1977. Le spectacle a commencé en 1978. Ph. de VlLLIERS n’était connu de personne. Il avait 27 ans. Etudiant à l’ENA, il était préparé pour une carrière administrative, mais il avait une passion : le cinéma, le théâtre et sa Vendée natale. Son idée innovatrice a été d’adapter les techniques du cinéma au plein air, de manière à recréer les mêmes impressions qu’au cinéma, mais avec des acteurs en chair et en os, comme au théâtre. D’où création du terme nouveau pour baptiser ce spectacle : ciné-scénie., contraction de cinéma et scène. Mais cette idée est une idée complètement folle, parce qu’il veut faire ce spectacle dans le Haut-Bocage vendéen, dans la commune des Epesses, dans un endroit complètement isolé, au milieu des taillis. Il ne reste qu’un château Renaissance, qui a été incendié sous la Terreur. A force de courrir dans les villages voisins avec quelques copains, il arrive à recruter 250 bénévoles, ce qui est quand même extraordinaire. Mais ces bénévoles ne sont pas du tout des professionnels du spectacle. Dans de telles conditions, l’échec est assuré. Pourtant quand on voit ce qu’est devenu le PUY du FOU, c’est une grande fresque théâtrale, conçue comme une représentation dramatique et chorégraphique, dont la trame est l’histoire de la famille MAUPILllER et le reflet symbolique de l’histoire du peuple vendéen, qui se déroule du Moyen-Age à la fin de Ia seconde guerre mondiale. 20 ans après cette création, il a ouvert en 1998 un grand parc à thème, qui a la spécificité, par rapport aux 3 autres parcs français, d’être un parc ludique et pédagogique, avec des spectacles historiques vivants comme les arènes gallo-romaines avec la course de chars, les combats de gladiateurs.... et des reconstitutions architecturales animées, où sont présentés des métiers, certains divertissements ou danses de l’époque considérée, allant du moyen-âge au 18ème s. Mon hypothèse est que ce miracle tient essentiellement au bénévolat. Mais la question se pose. Comment des bénévoles de 15 communes environnantes ont-ils été capables, sans formation préalable, de concourir à la pratique de tous ces métiers : couturieurs, jardiniers, techniciens... ? Ca ne tombe pas comme ça du ciel. Ma seconde hypothèse est que ces bénévoles puisent dans leur milieu local, directement et indirectement, tout ce qui est nécessaire pour mener à bien cette réalisation innovatrice. Cette hypothèse s’appuye sur les travaux d’un pionnier de l’économie territoriale : Didier DALOU, qui était professeur d Paris I dans les années 80. Il dit ceci : "Les entreprises novatrices partent du milieu qui les fait agir, le passé des territoires, le comportement collectif, le consensus qui les structure. Ce sont les composants de l’histoire de cette innovation". Or en quoi le milieu local vendéen est-il un milieu innovateur, au sein duquel les bénévoles puisent leur dynamisme économique‘’ En quoi ce contexte territorial facilite-t-il leur comportement socio-culturel ? Ce milieu est d’abord un milieu porteur. Il est proche d’un district industriel. Il n’y a pas de frontière étanche entre la Vendée du N.E. et la région de Cholet, spécialisée dans le vêtement et la chaussure....Ce sont des PME très dispersées dans de petites communes vendéennes, qui offrent à ce titre un réservoir de savoir-faire diversifié, où travaillent ces bénévoles. Face à la crise des activités traditionnelles, ce secteur a fait preuve d’une grande capacité de reconversion, notamment autour de l’univers de l’enfant ( vêtement, mobilier, puériculture...)


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