QUELLES STRUCTURES FEDERALES, POUR LA FRANCE ?
Ce n’est pas à la gloire des Normands que l’option fédéraliste soit morte, lors de la "bataille sans larmes", le 13 Juillet 1793 à Brécourt, où les troupes fédéralistes normandes se sont carapatées devant les "sans culottes" envoyés par les jacobins de Paris... Ce jour là, la Révolution a renoué avec la grande tradition centralisatrice de la Monarchie et ce n’est pas Bonaparte qui a fait dévier cette constante de l’Etat-Nation français plaçant Paris à la tête du pays de façon hégémonique.
Depuis, malgré le fédéralisme intellectuel de Charles BRUN, malgré l’action culturelle du Felibrige, la centralisation, plus encore que le centralisme, a fait florès. Comment peut-on parler aujourd’hui d’une option fédéraliste quand la région -capitale représente le cinquième de la population française et la moitié de sa puissance économique et financière ?
Le FEDERALISME, UN ETAT D’ESPRIT
Le fédéralisme, s’il n’est pas un simple contrat léonin, suppose que chacune des parties soit de tailles approchantes, les cantons suisses, malgré la disparité de leurs richesses économiques ; les états américains, même si leur importance varie considérablement ; les landers allemands, quoique l’énorme Bavière n’ait aucune commune mesure avec Hambourg et la Sarre... Mais le fédéralisme suppose encore davantage un état d’esprit qui- il faut bien le reconnaitre - n’est pas dans les habitudes de l’Etat-Nation, dont l’Etat Français est l’archétype.
La cause serait donc entendue depuis longtemps, mais il y a l’Europe. Quoiqu’aient pu faire les régionalistes depuis le référendum gaullien de 1969, ce sont les évolutions des institutions européennes - CONSENTIES PAR L’ETAT- NATION FRANCAIS - qui aujourd’hui redistribuent les cartes.
L’Etat a abandonné de nombreuses prérogatives régaliennes, les lois européennes l’emportent de plus en plus sur les lois françaises. Plus grave encore, la citoyenneté, qu’en France on s’obstine à confondre avec la nationalité, est galvaudée et accordée sans retenue à toutes les populations venues de partout. ...Ces abandons de souveraineté ne vont pas sans grincements de dents et menacent tout autant, dans leurs profondeurs, l’Etat - Nation et les Régions.
Bien entendu, il faut nuancer tout cela : certaines euro-régions ( régions transfrontalières à cheval sur plusieurs états ) recueillent en partie l’adhésion des populations : prenons l’exemple de l’Alsace et du Pays de Bade... D’autres éprouvent d’indéniables affinités : le Nord - Pas de Calais et une partie de la Belgique, ou encore la Catalogne et le Roussillon et, naturellement, les sept provinces basques... Affinités encore entre les "nations celtiques" ou entre la Normandie, les Iles Anglo- normandes et l’Angleterre normande.... Mais ces rapprochements évidents vont-ils jusqu’à l’aspiration fusionnelle ? Y a-t-il eu consultation et réelle approbation des populations ? Prenons garde à la crispation, à l’essence jacobine, dès lors que l’unité et l’indivisibilité de la République " - selon l’expression consacrée - est menacée ?
C’est parce que je considère et je crains la toute- puissance parisienne de la région-capitale, que je ne méconnais pas l’épaisseur de la tradition centralisatrice française, que je doute de l’adhésion profonde des populations aux abandons au profit de l’Europe de certains atouts de souveraineté, que je vois une menace pour les identités de nos régions dans l’immigration- invasions.... que je ne crois pas en l’émergence d’un véritable fédéralisme à la française, ni en la disparition rapide du réflexe jacobin.
LE REFLEXE DE SURVIE
A mon avis -comme souvent en France - nous nous engageons dans un conflit sans fin et sans intêret entre deux conceptions de l’Etat : l’une obsolète, la jacobine ; l’autre surréaliste, la girondine. Et les deux camps risquent de perdre devant le monstre européen que l’on n’ aura pas su dompter et l’apocalypse mondialiste contre laquelle nous n’aurons même pas lutté.
Est-ce à dire que le problème est sans issue, sans solutions Je ne le pense pas. Mais il faut renverser la problématique. Ce n’est pas l’affrontement entre le centralisme jacobin et le régionalisme girondin qui doit être à l’ordre du jour, mais à l’inverse le rapprochement, l’harmonisation, la fusion des contraires dans un réflexe de survie identitaire.
Je m’explique :
l) TOUT ASSUMER
Nous devons assumer toute notre histoire et ne l’ amputer de rien.
Cela signifie qu’on ne doit pas vouloir effacer nos passés d’autonomie, nos présents - séculaires tout de même - d’unité nationale, nos affinités vers des mondes extèrieurs que nous appréhendons :
L’Alsace vers le monde rhénan
La Bretagne vers le monde celtique.
La Savoie vers l’ensemble alpin
La Normandie vers le monde nordique et britannique ... . etc ...
2) REEQUILIBRER LE TERRITOIRE
La France est un espace géographique auquel nous appartenons tous. Il nous appartient. Nous détenons en chacune de nos provinces une part de la légitimité française. L’Etat n’appartient pas à Paris et la région-capitale doit apprendre à partager, pour obtenir réparation et justice .
De là, une mission essentielle que doit assumer l’Etat : l’Aménagement et le rééquilibrage du territoire.... sinon il perd toute légitimité et les provinces auront alors la tentation de s’appuyer sur l’Europe.
3) PLURALITE DES CULTURES ENRACINEES
La France, qui n’est pas seulement un espace géographique, est la somme de toutes les identités provinciales. Elle s’ampute et se caricature en ne proposant qu’un seul modèle culturel, celui de Paris.
C’est pourquoi, résolument, il faut proclamer la pluralité des cultures françaises. Sont françaises toutes les langues qui trouvent leur légitimité dans la toponymie française. Les langues enracinées - à la différence des langues communautaires, respectables certes, mais qui doivent étre défendues par les communautés elles-mêmes - doivent être promues par l’Etat français. Il en est de même des cultures régionales.
Nous contestons le bien fondé de la Charte Européenne pour la défense des langues régionales et communautaires. On confond tout : il importe de distinguer les langues métropolitaines enracinées - toutes françaises, donc devant être défendues et promues par l’Etat - et les langues des DOM-TOM, que la France , si elle prétend garder l’immense domaine maritime qui est le sien, doit aider et promouvoir là où elles sont parlées, et les langues communautaires que l’Etat na pas à reconnaitre mais pour lesquelles il peut permettre un développement endogène.
4) CONCILIER DEPARTEMENT ET REGION
La fusion des contraires à laquelle je pense, je vais l’illustrer par une option caricaturale qui fera dresser les cheveux sur la tête des partisans les plus résolus du centralisme et du régionalisme ;
Je prétends qu’on peut concilier les positions des départementalistes et des régionalistes.
Je ne suis pas un partisan fanatique du département, circonscription administrative issue de la centralisation révolutionnaire et imperiale, mais le département est entré dans les habitudes. L’émergence des "pays", des communautés de communes, les agglomérations peuvent lui assurer une certaine perennité, à certaines conditions.
J’opte pour la commune-canton, dont le conseiller général serait le maire.
J’opte pour le "pays", rassemblement de communes-cantons et de communautés d’agglomérations, (Non à l’opposition villes - campagnes )
J’opte pour le département, regroupement des "pays", dont les conseillers généraux auraient la double légitimité du suffrage universel et de la représentativité effective d’un espace géographique, dont ils auraient la responsabilité.
J’opte pour la région, résultante de l’association des départements qui la composent, à l’instar de l’Assemblée des Pays de Savoie récemment constituée.
J’opte enfin pour des régions à fondement historique, les " régions charnelles", et c’est dans cet esprit que le mouvement normand réclame une recomposition des régions françaises :
La Normandie ( 5 départements )
La Bretagne ( 5 départements )
L’ensemble Maine, Anjou, Touraine ( 5 départements, 7 si l’on y ajoute l’Orleanais)
L’ensemble Poitou, Charentes ( 5 départements, avec le retour de la Vendée au Poitou
L’ensemble aquitain ( 5 départements ; 6 si l’on crée le département basque)
Etc .......
CONCLUSION
Cette fusion des contraires me semble être la seule voie qui permette une véritable évolution de l’Etat-Nation, avec le consentement largement majoritaire de la population.
L’expérience vaut d’être tentée avec tous les hommes de bonne volonté, qu’ils soient de tradition jacobine ou de tradition girondine, qu’ils soient souverainistes ou européistes, qu’ils soient centralisateurs ou régionalistes.
Y a-t-il encore des hommes de bonne volonté dans ce pays ?
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As de trèfle
As de Trèfle du n°26 au n°50
N°35
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