Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

Entretien avec Benjamin Guillemaind et Arnaud Guyot-Jeannin paru dans le journal Rébellion

vendredi 29 juin 2007

Conçue comme un cercle de réflexion, l’Alliance Sociale (11 rue du Bel Air 94230 Cachan) développe des idées qui nous sont chères (principe de subsidiarité, fédéralisme....). Recherchant une société qui respecte les solidarités organiques, les libertés et les responsabilités personnelles, ses travaux ne pouvaient que retenir notre attention. Même, si nous divergeons sur certains points importants (pour nous, impossible d’aménager le système actuel, et seule une alternative socialiste est capable de construire un avenir pour notre temps) nous avons ouvert un débat avec Benjamin Guillemaind (Maître artisan carreleur pendant 40 ans, Membre fondateur de l’Alliance Sociale et Président de Sauvegarde et Promotion des Métiers. En outre, il dirige le bulletin Hommes et Métiers et anime depuis 1991 Le Libre Journal des Artisans à Radio-Courtoisie) et Arnaud Guyot Jeannin (Membre actif de l’Alliance Sociale. Journaliste et essayiste, il dirige la collection « Vu autrement « à l’Age d’Homme qui a publié trois ouvrages collectifs : Aux sources de l’erreur libérale avec Benjamin Guillemaind (1999), Aux sources de la droite (2000) et Aux sources de l’éternel féminin (20001).

I) Rébellion : Quelle est l’origine de l’Alliance Sociale ? - Buts et valeurs qu’elle défend ?

Benjamin Guillemaind : L’Alliance Sociale a été créée, il y a dix ans par Alexis Arette, son principal inspirateur, et ses amis, afin de proposer un projet de société et des réformes de salut public dans un contexte d’effondrement de nos institutions, dont on constate chaque jour l’aggravation et l’issue redoutable. Trois axes de réformes nous ont paru essentiels : d’abord une réforme de nos institutions. Ensuite, une réforme de notre système monétaire. Enfin, une réforme économique et sociale par l’autonomie de gestion des branches professionnelles et des métiers. La cause première de cette situation se trouve dans le système politique d’une démocratie dévoyée, où la loi du nombre, exprimée par le suffrage universel dans le cadre de la souveraineté nationale, impose des lois uniformes. Toute la vie publique est dominée par des partis politiques qui étouffent toutes les libertés des petites sociétés naturelles situées entre les individus et l’Etat. La famille est disloquée. L’école publique est devenue un monopole d’Etat, qui laisse peu de possibilités d’expression en dehors d’elle. Les professions sont soumises à des réglementations étatiques qui étouffent les initiatives. La décentralisation territoriale n’a été en fait qu’une timide déconcentration du centralisme jacobin, qui n’arrête pas les velléités de séparatisme. Pour desserrer cette étreinte, certaines voix en appellent à une démocratie participative, c’est-à-dire à une contribution plus active des citoyens à l’élaboration des lois qui régissent les rapports sociaux. C’est une bonne intention, mais on reste toujours dans une logique étatique où l’Etat administratif décide de tout. Nous préconisons à l’Alliance Sociale la constitution d’une démocratie organique, qui reconnaisse à chaque corps intermédiaire, un espace d’autonomie et de liberté où, en fonction de ses compétences spécifiques, il gère ses propres affaires. Ces communautés concrètes doivent pouvoir s’exprimer comme telles, politiquement, dans une assemblée parlementaire rénovée. C’est pourquoi nous appelons instamment le remplacement du régime des partis idéologiques par une Assemblée sur le modèle des Etats Généraux et composée de représentants des familles, des universités, des communes et régions, des professions... En quelque sorte le pays réel ! La seconde réforme qui nous paraît primordiale, que nous sommes d’ailleurs les seuls à évoquer, concerne l’argent, qui a pris dans notre civilisation une place exorbitante. La création monétaire, qui a été octroyée pour près de 95 % de la masse monétaire aux banques secondaires, leur permet d’émettre des crédits à la consommation et à l’investissement. Elles sont ainsi maîtresses de l’économie et progressivement le politique est devenu dépendant de l’économie et la finance. C’est une situation anormale qui, en raison de l’application des théories libérales, entrave l’expression des libertés des corps intermédiaires. C’est pourquoi nous préconisons l’instauration du Crédit social, avec un mode de distribution préférentiel aux familles, aux professionnels et à des investissements collectifs. Enfin, nous préconisons l’instauration d’une économie véritablement " sociale ", en rupture radicale avec le libéralisme, qui ne jure que par le marché, comme avec le socialisme, qui règle tout à l’échelon de l’Etat. On voit les résultats désastreux où nous ont mené l’un et l’autre systèmes. L’organisation du travail relève avant tout des professionnels eux-mêmes, à l’échelon intermédiaire de la branche professionnelle et non de l’entreprise, à quelque niveau qu’ils exercent leurs professions (patrons et salariés confondus). Ils doivent par des conventions établir leurs règles internes à chacune d’elles et également entre-elles. Cette organisation de la société s’établit ainsi sur 3 niveaux : les personnes, les corps intermédiaires et l’Etat. Leurs rapports entre eux s’articulent selon le principe de subsidiarité. Nos valeurs et nos références, nous les puisons essentiellement dans la conception chrétienne de l’homme et de la société, exprimée dans la doctrine sociale de l’Eglise, qui considère l’homme comme un frère, avec lequel doivent s’établir des liens de convivialité, d’amitié et de solidarité, au lieu de le considérer selon la dialectique marxiste comme un concurrent, objet de luttes permanentes d’intérêts ou de classe, ou selon la doctrine libérale, comme un individu isolé et coupé de ses communautés naturelles d’appartenance.

II) R : Quel sens donnez vous au principe de subsidiarité ? B.G : C’est le nœud du problème. Le principe de subsidiarité est une règle d’organisation sociale où les corps intermédiaires autonomes et souverains doivent assumer pleinement, dans les limites de leurs compétences, leurs fonctions propres. Ceux de rang supérieur doivent aider ceux de rang inférieur à surmonter leurs insuffisances ou en cas de défaillance notoire y suppléer provisoirement, sans jamais chercher à les absorber ou à décider pour eux. Dans cette conception traditionnelle, qui remonte à Althusius et qu’a fort bien développée Chantal Delsol dans ses travaux, les corps intermédiaires aident les personnes à s’accomplir au maximum de leurs capacités et, l’Etat à son niveau aide les corps intermédiaires à réaliser la plénitude de leurs fonctions. Chantal Delsol donne cet exemple : la maman sait mieux que son enfant lacer ses chaussures, mais sa véritable fonction éducative doit rester subsidiaire et supplétive, de haut en bas, pour amener son enfant à lacer lui-même ses souliers. Dans la conception jacobine, les individus, comme les Etats, sont les auxiliaires du pouvoir central. C’est l’inverse de la conception classique. L’article 3 de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 affirmait que " le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ; nul corps, nul individu ne peut exercer d’activité qui n’en émane expressément. " Et la loi Le Chapelier en 1791 décrétait qu’il n’y a plus que l’intérêt particulier et l’intérêt général. Il n’y a plus d’intérêt intermédiaire entre l’individu et l’Etat. De là est né l’antagonisme permanent entre le libéralisme et le socialisme. Ainsi l’Etat devenait-il, l’organe central et la source unique de la souveraineté nationale, dont dépendent tous les citoyens. Cette orientation se retrouve dans le traité de Maastricht (titre II - art 3B) où " la communauté intervient (...)quand les objectifs peuvent être mieux réalisés au niveau communautaire. " Ce qui faisait dire à Roland Dumas : " La CEE délègue aux Etat-membres... ". L’Etat doit-il disparaître pour autant ? Pierre-Joseph Proudhon, qui fut par ailleurs un ardent protagoniste de l’autonomie des corps intermédiaires, allait jusque-là. Certains libéraux, comme Jacques Garello, dénient également à l’Etat tout droit de régulation au nom de la prééminence de l’économie, de la main invisible et de la souveraineté de l’individu. Ce serait peut-être possible dans une société parfaitement vertueuse. Mais ce n’est malheureusement pas notre condition présente. C’est pourquoi, en dehors de ses fonctions régaliennes (justice, police, armée, relations extérieures...), le rôle de l’Etat reste essentiel, comme garant du Bien Commun. C’est-à-dire qu’il doit assurer l’ensemble des conditions sociales qui permettent aux personnes et aux groupes d’atteindre leur plein épanouissement. Le Bien commun est plus que l’intérêt général purement matériel, car il prend en considération les valeurs religieuses, familiales, éducatives, économiques,... indépendantes des lois fluctuantes votées par des majorités en fonction de critères idéologiques. Il s’agit d’assurer l’harmonie sociale et de tempérer les excès éventuels. C’est au plus haut niveau le rôle de l’Etat d’être le garant - et non le gérant - du Bien Commun national. A titre d’exemple, la loi sur les 35 heures, qui a voulu imposer de façon uniforme et autoritaire à toutes les professions la même règle, contrevient à l’autonomie légitime de chaque profession. C’est au niveau de chaque branche que les conditions d’application auraient dû être négociées, l’Etat se limitant à des mesures incitatives. Il en a été de même pour le CPE, qui aurait dû relever d’accords au niveau professionnel, au lieu d’être imposé par l’Etat. Les conventions collectives par branches ou les prud’hommes sont des exemples types d’une véritable démocratie participative. Cette collaboration au plan social devrait être étendu au plan économique en matière de prix, de formation professionnelle, d’investissement et de gestion des régimes sociaux. La subsidiarité suppose la reconnaissance de véritables corps intermédiaires, souverains en leur état, et capables, comme les communes, de prendre des " arrêtés " ayant force de loi, après authentification par l’autorité supérieure.

III) R : Vous vous référez à la Doctrine Sociale de l’Eglise. Souvent jugée réactionnaire et conservatrice (en grande partie à cause de son soutien à des régimes dictatoriaux (Espagne de Franco, Chili de Pinochet...). L’Eglise a pourtant mené une importante réflexion dans le domaine économique et social à partir du 19ème siècle. Quelle est l’actualité de cette réflexion et comment expliquez-vous sa trop timide condamnation des ravages du capitalisme ?

B.G : Le XX ème siècle a été dominé par la philosophie marxiste et son application, le communisme, que Pie XI qualifiait " d’intrinsèquement pervers ". La dialectique marxiste, dont le principe consiste à susciter les oppositions permanentes entre les êtres et les choses, était l’antithèse de la philosophie chrétienne, qui au contraire prêche l’union et l’amour. De plus son athéisme ramenait l’homme à un objet de consistance purement matérielle. Le danger immédiat a donc été pour l’Eglise de s’affronter en priorité à ce mal absolu, qui menaçait l’Occident. Grâce à un pape exceptionnel, Jean Paul II, elle en est venue à bout, malgré les séquelles qui se perpétuent dans les universités. Cela explique qu’elle ait été plus tolérante envers des régimes sécuritaires qui s’opposaient aux tentatives d’instauration du communisme dans ces pays. Le capitalisme n’a pas le même caractère. Certes, il est le produit de la philosophie libérale que l’Eglise a dénoncée, bien avant le communisme par plusieurs encycliques : Quanta cura (1864), Libertas (1888), Rerum Novarum (1891)... Ce qu’on appelle le capitalisme, c’est le mauvais usage que l’on fait d’un moyen, au même titre que l’alcoolisme est un dérèglement d’un bien incontestable, le bon vin. La concentration de l’argent octroie une puissance telle à ses possesseurs qu’il pervertit tous les rapports sociaux, s’il n’est pas contenu dans les limites bien précises et utilisé selon des règles strictes. Mais tous les papes, et notamment Jean Paul II, se sont élevés contre les excès du marché, la concurrence sans limites et le primat de l’économie sur le politique, thèses qui découlent des théories libérales. La doctrine sociale chrétienne, qui s’est précisée depuis 1891 et s’est adaptée aux temps modernes constitue un monument d’une richesse exceptionnelle, réunissant les principes naturels d’organisation économique et sociale, susceptibles de remédier aux maux de notre époque. Elle a été quelque peu oubliée, et ignorée par la suite des courants de pensée socialisants et marxisants qui se sont infiltrés au sein des instances ecclésiales. Mais, la parution récente d’un Compendium (catéchisme) de la Doctrine Sociale de l’Eglise montre bien la volonté de l’Eglise de faire face à ce manque de repères et à ces nouveaux dangers. Certes, comme il y eut à son époque l’infiltration communiste, de puissantes influences libérales tentent aujourd’hui d’infléchir la pensée chrétienne. C’est justement la raison d’être de l’Alliance Sociale de revenir aux fondamentaux et de chercher les voies d’une économie sociale, qui tourne le dos aux deux chancres du libéralisme et du socialisme. Aux sources de l’erreur libérale, parue à l’Age d’Homme (1999), puis Libéralisme, Socialisme, deux frères ennemis, chez Tequi (2002) et nos différents colloques sur le régionalisme, les langues régionales, le fédéralisme, l’Ecologie-Santé-Médecine, la subsidiarité (2005), la mondialisation (2006) sont autant de contributions à cette réflexion. L’Alliance Sociale s’inspire des principes du Catholicisme Social, qui fut le courant de pensée, élaboré par René de La Tour du Pin, Albert de Mun, Maurice Maignen, tout en s’enrichissant de convergences que l’on peut trouver chez Pierre-Joseph Proudhon ou Charles Péguy. C’est un peu la trame des travaux de Janpier Dutrieux dans Les Ouvriers la XIème heure (Ecrivains Associés, 2001).

Arnaud Guyot-Jeannin : Dans le domaine temporel, L’Eglise catholique a trop souvent été de ce monde au lieu d’être dans le monde. Elle a pu soutenir ainsi l’Espagne de Franco et le Chili de Pinochet. Cependant, il ne faut pas oublier que ces deux pays extrêmement catholiques avaient à leur tête, des chefs d’états très cléricaux. C’est peut-être le principal reproche que l’on peut faire à l’Eglise espagnole et à l’Eglise chilienne en particulier : avoir confondu catholicisme et cléricature ! Mais, avouez, que l’ambiguïté sur le moment n’était pas facile à déceler. D’autant plus que l’Eglise comptait de nombreux ennemis dont les marxistes militants qu’il faut distinguer de Marx. Si je m’oppose à l’eschatologie marxiste, à son égalitarisme niveleur et à son déterminisme économique limitant l’homme à sa force de production- il ne s’agit qu’un des paramètres fondamentaux de son existence, pas le seul ! -, je considère néanmoins que Marx a su développer la meilleure critique du capitalisme qui soit, reposant, selon lui, sur l’accumulation et le profit, tout en prédisant sa fin inéluctable en raison des anticorps qu’il sécrète par une injustice, une démesure et une fuite en avant mortifères. Pour revenir plus directement à votre question, je me sens plus d’affinités avec la Phalange traditionaliste et révolutionnaire de José Antonio Primo de Rivera en Espagne et - toute proportion gardée - avec le populisme social et non-aligné d’Hugo Chavez au Venezuela qu’avec l’occidentalisme militarisé de Francisco Franco et avec l’atlantisme pancapitaliste d’Augusto Pinochet. Ces deux derniers ont su préserver leur pays du parti de l’étranger, le communisme, mais pour s’inféoder à un pays étranger, les Etats-Unis, qui fait régner la terreur ou la colonisation douce dans le monde entier. L’Eglise catholique critique le capitalisme tout en composant encore trop avec lui. Elle montre parfois la direction à suivre, mais ne suit pas toujours la direction à prendre. Depuis plusieurs siècles, la déchristianisation et la sécularisation l’ont habitué à neutraliser ou à infléchir son message. Cependant, à défaut d’avoir une instance aussi active et indépendante qu’il serait souhaitable, L’Eglise catholique reprend l’offensive pour la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe tout en revenant peu à peu à sa tradition sociale depuis le pontificat de Jean-Paul II et la fin du communisme. Encycliques, Compendiums, colloques, livres, revues etc, indiquent une tendance de fond positive et une relève certaine. Dans les années à venir -cela a déjà commencé à une petite échelle - l’Eglise catholique va devoir affronter localement et universellement la mondialisation nomade et libre-échangiste.

IV) R : Votre dernier colloque était intitulé : " La mondialisation est-elle une fatalité ? ". Quelles sont les alternatives à ce système destructeur ?

A.G.J : Il faut décoloniser notre imaginaire de l’emprise économique, consumériste, développentiste, techno-scientifique et publicitaire. Il nous faut retrouver un sens à la vie autre que le profit et une signification à la mort autre que le coffre-fort. La tradition européenne issue d’une mythologie et d’une culture païenne sanctifiée par le catholicisme valorise les notions de service et de charité, d’honneur et de fidélité, de devoir et de liberté, de mesure et d’humilité, de don et de gratuité. Ce sont ces valeurs traditionnelles qui doivent être réhabilitées. A quelques variantes près qu’il ne s’agit pas de mésestimer, nous pourrions en dire à peu près autant d’autres traditions religieuses et populaires. L’économicisation et l’omni-marchandisation des sociétés occidentales appartiennent au paradigme de la modernité libérale et de l’hypermodernité cannibale. La globalisation économico-financière et techno-marchande conduit à une massification et à une fragmentation du corps social. C’est pourquoi, j’ai tenu à faire un exposé lors de ce colloque, intitulé : » Christianisme et eucharistie face à la mondialisation ». A partir de l’ouvrage de William Cavanaugh, Eucharistie et mondialisation : la liturgie comme acte politique (Ad Solem, 2001), j’ai tenté de démontrer qu’un catholique peut trouver une réponse alternative à la mondialisation à travers le sacrement eucharistique. En effet, se trouvant dans un lieu sacré et localisé, le communiant accède à l’universalité de la divinité. La mondialisation absorbe le particulier dans le global, alors que le catholicisme eucharistique intègre le particulier dans l’universel. Mais, il ne s’agit pas de la seule alternative ! Dénationalisation, déterritorialisation, despatialisation et dérégulation participent à l’atomisation des peuples en les décentrant d’eux-mêmes et de leur communauté naturelle par une agrégation à l’Etat-Moloch et au Marché despote. Le règne de la quantité, la divinisation des objets et le totalitarisme de la performance alimentent notre " société d’opulence " (Augusto del Noce) où l’"on connaît le prix de tout, mais la valeur de rien " (Oscar Wilde). Pour retrouver la qualité de vie, la socialité primaire au quotidien et la convivialité organique inhérentes à toute communauté humaine, le localisme est une alternative de premier ordre. Se réapproprier nos lieux de mémoire et notre héritage ethno-culturel et linguistique est une nécessité. L’homme doit se réhumaniser et renouer avec ses patries charnelles. Terres d’enracinement et de réenracinement permettant à l’homme et à ses proches davantage d’implication concrète et de participation civique, d’autonomie locale et d’autosuffisance économique, de respiration humaine et d’harmonie collective, les régions naturelles peuvent mettre en application une politique localiste et subsidiariste afin de conditionner l’émergence d’une révolution identitaire et démocratique de base. Il faut penser également au Bien commun national et européen. La France doit se fédéraliser et l’Europe se fédérer pour authentifier leurs traditions populaires respectives, retrouver le sens de la puissance et mettre fin à l’impérialisme économique, culturel, militaire et diplomatique américain. L’Europe doit se doter également d’un statut des minorités, d’un protectionnisme économique tout en envisageant d’adopter une vraie mutualité commerciale. Il s’avère urgent de réorienter l’Union Européenne selon des perspectives spirituelles, identitaires, démocratiques et sociales. Il faut sortir également de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale qui dictent leur condition économique et commerciale aux pays du monde entier. Au nom de la sacro-sainte libre circulation des biens et des personnes, ces organisations mondialistes américanocentrées justifient une mondialisation profitant toujours aux pays riches, au détriment des pays pauvres. Ajoutons que les pauvres des pays riches vivent mal et les riches des pays pauvres vivent bien. Les 55%de Français qui ont voté Non au Traité Constitutionnel européen ont bien perçu la nocivité du sans-frontiérisme, du laisser-fairisme et de la dérèglementation des échanges. Je pense que si les autres pays européens avaient été consultés, la majorité d’entre eux auraient fait de même. Il y a donc une prise de conscience des peuples qui est réconfortante pour l’avenir.

V) R : Vous vous affirmez comme des partisans du distributisme. En quoi consiste ce modèle économique ? Quel est son rapport avec le capitalisme ? Est-il un aménagement réformiste ou une alternative ? B.G : Le distributisme est un courant de pensée, qui a eu plusieurs théoriciens, notamment Jacques Dubouin. Différent de la " prise au tas ", inhérente au socialisme, qui distribue de façon égalitaire les biens, considérés comme collectifs, le distributisme constate l’abondance de biens produits, que les consommateurs ne peuvent acheter par manque de moyens financiers. Il y a donc une inadéquation entre la production et la consommation. Le distributisme ne se présente pas comme un modèle économique, mais un moyen de faire coïncider aussi exactement que possible l’offre et la demande. C’est dans cet esprit que l’Alliance Sociale cherche une voie plus spécifique, en s’inspirant de la réflexion de Douglass, qui fut l’initiateur du Crédit social entre 1920 et 1935. Il ne s’agit pas de s’opposer au capital, qui est la mise en commun de moyens financiers, afin de réaliser des productions utiles pour la société, qui s’enrichit de techniques nouvelles. Le capital peut être privé, c’est l’épargne mise au service de la production ou de la consommation. Il peut être public et être utilisé par l’Etat pour des travaux d’utilité publique ou suppléer à des besoins vitaux de la société que le capital privé ne peut assumer. Mais ce qui a faussé les transactions monétaires, c’est l’extension du crédit qui a permis d’anticiper la création de monnaie ex-nihilo, c’est-à-dire ne reposant sur aucune épargne. C’est ce qui engendre la dette, que devront rembourser les générations futures. La possibilité octroyée aux banques d’émettre une monnaie de crédit, au-delà des dépôts de leurs clients, en la grevant d’un intérêt, constitue une anomalie qu’a dénoncée fort justement Maurice Allais, et que nous dénonçons également. C’est à notre sens le plus grand dérèglement de notre époque. Car pour remédier à une insuffisance de moyens financiers, on place les banques secondaires ou les institutionnels (détenteurs de fonds de pension, assureurs...) en position dominante : la monnaie est considérée comme une marchandise qui s’achète et se vend, alors qu’elle est un bien commun dont la création devrait être l’attribut exclusif de la souveraineté. C’est d’ailleurs par ce subterfuge que les théoriciens du libéralisme en arrivent à abolir toutes les barrières douanières qui freinent la circulation monétaire, et au nom de la liberté internationale du marché, appelent de leurs vœux l’abolition de toutes les frontières et de tous les Etats.

VI) R : Face à la crise financière et bancaire actuelle, vous avancez l’idée du Crédit Social. Pouvez-vous nous en expliquer le fondement et les modalités possibles ?

B.G : Le Crédit Social est une réforme monétaire qui garantit à tous les membres de la société la sécurité économique, afin que les producteurs puissent écouler leurs productions et que les consommateurs disposent de moyens financiers suffisants pour les acheter. Au lieu d’abaisser la production vers le niveau du pouvoir d’achat ou restreindre le travail, le crédit social veut hisser le pouvoir d’achat au niveau de la capacité de production. Pour cela il propose que le contrôle par l’Etat de l’émission et du volume de la monnaie et du crédit soit exercé par une commission indépendante et que l’émission de la monnaie et du crédit soit mesurée en permanence sur la production (PIB) afin qu’un équilibre soit constamment maintenu entre production et consommation. Cet équilibre est assuré d’une part par la distribution d’un " dividende " à tous les citoyens et d’autre part par une ristourne sur les prix aux producteurs, qui varie selon les fluctuations de la production. Une formule approchante fut d’ailleurs pratiquée il y a quelques années, lorsque l’Etat pour soutenir l’industrie automobile a octroyée une prime de 5.000 Francs de l’époque à tout acheteur d’une voiture neuve, versée au producteur. Mais dans le concept du Crédit Social, cette forme de " bon d’achat " ne provient pas de l’impôt, mais d’une création monétaire émise par une caisse nationale de crédit. Ainsi par le retour à la banque centrale du monopole de l’émission monétaire, on passe d’un système de crédit de monnaie bancaire, onéreux par l’intérêt dont il est grevé et mal contrôlé par les taux fixés par l’Etat et l’obligation pour les banques de détenir une réserve minimale, à un système de monnaie permanente sans intérêts, créditée par une caisse nationale de façon plus rationnelle à chaque consommateur. Ce volume de monnaie sera émis à court terme, car cette masse monétaire distribuée, au même titre que le sont actuellement les revenus de transfert (allocations diverses, retraites, assurances...) assurés par l’impôt, devra être dépensé. Il s’agit là non d’une subvention, mais bien d’un crédit. Le produit de cette masse monétaire supplémentaire, comme pour la TVA actuelle, sera collecté par les fournisseurs lors de l’achat par ses clients et reversé à la Caisse de Crédit Social. Ceci afin qu’il soit exclusivement destiné à l’achat de biens de consommation et ne fuit pas vers des opérations spéculatives. Après annulation de chaque volume de crédit social, la Caisse émettra un nouveau crédit social en fonction du nouveau volume de la production. Quant aux banques secondaires, elles continueront à jouer leur rôle d’intermédiaire, mais seulement pour le montant des dépôts de leurs clients et pas au-delà, sommes qui pourront être prêtées, soit pour des investissements aux entreprises, soit pour du crédit ponctuel à des consommateurs. En résumé, le Crédit Social est une création nouvelle de monnaie par l’Etat (une caisse de crédit), en remplacement de la monnaie d’endettement émise par les banques, et distribuée équitablement à chaque citoyen, sous réserve qu’il l’utilise pour l’achat de biens de consommation courante. La particularité du Crédit Social, repose sur le fait que la Monnaie est considérée comme un Bien Commun et profite à tout le corps social. Et également que la gestion et la répartition de cette monnaie se fait contractuellement et organiquement entre les branches économiques et les corps sociaux qui débattent des priorités dans l’attribution de l’enveloppe créditée à chacun d’eux. On sort du dogme libéral de la concurrence individualiste prêchée par les économistes libéraux et du socialisme étatique de redistribution par l’impôt. On entre dans une logique mutualiste. Dans ce sens c’est plus qu’une réforme. C’est une véritable rupture avec le système actuel. On peut même parler de révolution.

A.G.J : Précisons tout de même que c’est le socialisme transformé en capitalisme d’Etat que nous condamnons. En effet, le marxisme collectiviste sous sa forme théorique ou le communisme totalitaire sous sa forme pratique ne peuvent se confondre avec un socialisme organique, communautaire et enraciné issu de la tradition du socialisme français (Proudhon, Sorel, Berth etc). L’homme est un animal social. C’est un fait anthropologique d’observer historiquement, son épanouissement - co-naturel à son existence - dans ses cercles d’appartenances (famille, commune, nation, métier, paroisse etc). Ce communautarisme organiciste n’est aucunement exclusif de toute universalité. Il intègre la spécificité de chacun au sein du Tout social. Dans une certaine mesure, Chacun se sent alors solidaire de Tous et notamment des plus démunis dont l’état précaire est vécu comme une injustice sociale à combattre. Toute intégration à une communauté locale, nationale, professionnelle, paroissiale etc s’accompagne dès lors tout naturellement de la solidarité sociale. La Tour du Pin, Péguy, Bernanos, Barrès, Maurras, Brasillach, Drieu la Rochelle, etc sont des penseurs et des écrivains de droite très différents qui se sont réclamés du " socialisme " à un moment de leur vie et de leur œuvre. La droite allemande possède aussi une tradition socialiste. Arthur Moeller van den Bruck affirmait d’ailleurs pertinemment : " Chaque peuple a son propre socialisme ". En effet, le socialisme renvoie à l’identité profonde d’un peuple. Outre-Rhin, des théoriciens conservateurs révolutionnaires comme Oswald Spengler, Werner Sombart ou Otmar Spann se référaient au socialisme prussien, allemand et autrichien. Un socialisme national, à la fois aristocratique et populaire, fort éloigné du national-socialisme dont le nationalisme convulsif, le racisme zoologique et la xénophobie plébéienne ne pouvaient que leur déplaire. En ce qui me concerne, je ne vois pas d’inconvénients à me proclamer " socialiste ", à partir du moment où le terme est bien défini. Les luttes sociales me semblent justifier, en règle générale. Le ressentiment véhiculé parfois par une timide lutte des classes n’a rien à envier à la veulerie de classe érigée par un capitalisme sans foi ni loi. Tout ressentiment à l’égard d’un autre homme que soi est certes regrettable, mais peut s’expliquer par l’existence de honteuses injustices sociales. Si ces dernières sont combattues le plus possible, le ressentiment conséquent diminuera d’autant. La collaboration des classes peut être un moindre mal en l’état actuel des choses (participation, intéressement, co-gestion minimale), mais, ne nous leurrons pas : seule la destruction du système capitaliste permettra à l’homme et aux communautés de se réapproprier un destin humain et communautaire. La veulerie de classe émanant des grands actionnaires du CAC 40 et des grands patrons de multinationales - ainsi que par une bonne part des cadres du monde de l’entreprise– va de pair avec un égoïsme profiteur et une casse sociale intolérable. Plus généralement, la concentration du capital en une seule ou plusieurs mains entraîne une concurrence malsaine. Trop de concurrence tue la concurrence ! De plus, les entreprises n’appartiennent plus aux salariés, mais au bon vouloir des marchés financiers. La spéculation boursière et de produits dérivés fait la loi. Les actionnaires du CAC 40 décident de l’avenir de centaines de milliers de salariés qui sont souvent jetés de leur entreprise pour les engraisser. " Des hommes en trop ! ", pour les prédateurs du capitalisme mondialisé. En fait, le capitalisme fait toujours sienne l’histoire du renard libre dans le poulailler libre, à ceci près que le poulailler appartient maintenant à des étrangers qui peuvent aussi décimer le renard et être rachetés à leur tour etc. Jusqu’au jour où la bulle spéculative crèvera en raison de sa démesure et de ses déséquilibres vertigineux. Le capitalisme mondialisé, abstrait et virtuel, permet aux actionnaires d’effectuer des transactions financières à une vitesse telle qu’ils vendent des actions avant même de les avoir achetées, grâce à un processus informatique boursier intégré mondialement. Avec le système des produits dérivés, le capitalisme immatériel accélère encore le jeu. L’actionnaire peut détenir des titres de n’importe quel produit sans même l’acheter et ramasser les gains ou vérifier les pertes à une date fixée. Un tel système ne peut pas durer éternellement !

Le Baron Ernest-Antoine Sellières, ex-Président du Medef, a pu révéler l’esprit et la logique du capitalisme entreprenarial, patronal et actionnarial en l’an 2000, lors d’un colloque sur la participation - ce qui ne manque pas de piquant - : " La morale n’a pas sa place dans le discours de l’entreprise, qui a pour rôle de fournir des dividendes à ses actionnaires ". Tout est dit ! Après une telle déclaration, les accusations libérales classiques contre les subversifs syndicats de gauche ont bon dos. 1) Ces syndicats n’occupent pas les places déterminantes au sein de l’économie mondiale. 2) Ils négocient le plus souvent avec les forces étatiques et patronales. Les ouvriers et salariés précarisés en ressortent le plus souvent affaiblis. Le capitalisme globalisé repose essentiellement sur la frénésie productiviste, consumériste et spéculative. Il accompagne le mythe de la croissance et l’axiomatique de l’intérêt. La valeur d’usage se réduit à la valeur d’échange et à la valeur-signe issue du système des objets. Créant toujours plus de produits à destination des masses désireuses et conditionnées qui s’inventent de nouveaux besoins, le capitalisme permet à l’offre de précéder la demande dans un souci de maximisation de la rentabilité et des profits. Culture de masse, société de consommation, système des objets, conduisent fatalement aux désastres culturels, écologiques, sociaux et humains sur la planète. Parallèlement, la classe moyenne se paupérise de plus en plus à mesure que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Une redistribution des richesses et davantage d’équité sociale dans un cadre communautaire et solidaire doit présider à toute démarche de décolonisation de notre imaginaire économique, développentiste, techno-scientifique, consumériste et publicitaire.

VII) R : Quelles formes pourrait prendre l’idée fédéraliste que vous défendez ?

A.G.J : Le fédéralisme repose sur le principe de subsidiarité ou de souveraineté partagée et de compétence suffisante. Il permet un maximum de diversité, de libertés et de participation à la base. Il applique une décentralisation réelle où ce sont les petites unités locales, professionnelles etc qui décident pour elles-mêmes de leur existence culturelle, politique, sociale etc. Doctrine juridique et institutionnelle, le fédéralisme postule que si elles ne le peuvent pas, c’est à l’instance supérieure de s’en occuper et de légiférer, et ainsi de suite. Ce que les peuples ne peuvent pas décider à leur échelon immédiat doit être relégué à l’échelon média dans une perspective démocratique toujours associée au projet politique en devenir. Il s’agit d’un " système " d’enchevêtrements où la décision politique se conjugue avec la délibération populaire et la délibération populaire avec la souplesse juridique. Le fédéralisme est donc à l’opposé du jacobinisme et de son centralisme étatique rigide. Autrement dit, ce n’est pas à Bruxelles de décider de telles ou telles applications pour les régions françaises, mais aux régions françaises de décider pour elles-mêmes de telles ou telles applications. En cas d’indisponibilité, c’est alors à la nation de suppléer et de décider. Le fédéralisme intégral combine la participation démocratique à la base à l’unité décisionnelle au sommet. " La diversité dans l’union " pour reprendre la formule de Denis de Rougemont représente la seule garantie de la permanence des modes de vies populaires différenciées, de la liberté des peuples et de leur destin et de l’autorité politique souveraine. L’Union Européenne ne va pas dans cette direction. Transposant le modèle jacobin français au niveau européen, les différents traités constitutionnels - se réclamant du principe de subsidiarité, alors qu’ils en étaient exactement l’inverse- voulaient nous imposer une Europe composite, à la fois libérale et technocratique, mondialiste et atlantiste, cosmopolite et laïciste. Heureusement que cette Europe bougiste et mélangiste a été rejetée par les Français, à juste raison.

Restent les questions du fédéralisme européen et du vote à la majorité dans l’Europe des 27 ! Dans l’absolu, j’y souscris parce qu’une Europe politique autonome ne peut exister dans le monde et par rapport à celui-ci que si elle se transforme en force politique grande-continentale. Des transferts de souveraineté peuvent être nécessaires. La supra-nationalité n’est pas obligatoirement l’unitarisme. Le repli sur l’Etat-nation centralisé et le vote à l’unanimité au Parlement Européen n’ont plus d’avenir. D’un autre côté, alignée sur les positions américaines, à l’instar des traités précédents, la majorité des pays de l’Union Européenne peuvent voter contre les intérêts de l’Europe. Malgré la politique désastreuse et criminelle de Georges Bush et de son administration, de nombreux pays d’Europe centrale pourraient être tenté de se mettre à la remorque des Américains, si un nouveau conflit éclatait, avec l’Iran par exemple. En 2003, si les pays de l’Union Européenne avaient été consultés, en utilisant le vote à la majorité, la France aurait été obligée d’envoyer ses soldats en Irak. Les propositions de Maurice Allais ou d’Hubert Védrines consistant à réorienter l’Union Européenne en se conformant à l’aspiration des peuples et non aux désirs des technocrates gestionnaires en vue d’édifier une Europe mixte fédérale et confédérale (vote à l’unanimité ou à la majorité selon des cas bien précis) est à retenir.

VIII) R : Après l’échec de la démocratie représentative et des partis politiques, comment garantir une plus grande souveraineté populaire ?

A.G.J : En mettant en place une démocratie participative où les corps intermédiaires décident de leur avenir ! En faisant confiance aux peuples ! Le localisme répond à cette exigence. Une personne répond d’autant mieux à une question qu’elle doit y faire face dans sa vie de tous les jours. Il est urgent de retrouver une existence à taille humaine face au gigantisme cannibalisant de la modernité tardive. Politiquement, les solutions ne peuvent plus venir que d’en bas ! En haut, les places sont occupées par une Nouvelle Classe asservie à la gérance technicienne, à l’empire de l’image et à la haute finance mondialisée Les peuples doivent être impliqués dans la vie locale et professionnelle pour se sentir appartenir réellement à une communauté responsable. Le principe de subsidiarité et le fédéralisme se singularisent par une décision politique indexée sur la délibération populaire. Il ressort une démocratie organique des petits et grands espaces autocentrés et revivifiés. L’impératif réside dans la capacité que les peuples auront à se battre pour défendre les forces de la vie contre la logique de mort imposée par le turbo-capitalisme et la société high-tech. En attendant, la multiplication de référendums d’initiatives populaires permettrait de redonner la parole aux peuples dont le pouvoir central et les oligarchies mondialistes se sont emparés. Localisme et populisme pourraient marcher d’un même pas. Un sursaut identitaire et populaire, visant à se libérer de la tutelle politico-médiatico-financière, doit advenir. La redécouverte des identités régionales et nationales, du lien social et de la souveraineté populaire est à ce prix.


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