Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

N°314 : Enseignement social de l’Eglise et économie de marché

2007

“La perspective d’une civilisation chrétienne ne peut s’accommoder d’une économie libérale ; elle appelle la refondation de l’économie”. La parution de cette thèse de doctorat de B.Laurent est justifiée par cette citation d’E.Poulat dans sa préface. Alors que des professeurs d’économie réactivent les thèses libérales, qui ont précédé la courant socialiste, l’auteur qui enseigne l’économie à Lyon, rétablit la vérité de la doctrine sociale chrétienne qui se situe au delà de ces deux idéologies. Il y a peu d’ouvrages de cette valeur. En voici un résumé. (Les références renvoient aux encycliques)

INTRODUCTION Elle rappelle les différentes étapes de l’élaboration de la Doctrine Sociale de l’Eglise (D.S.E.) dont H.& M. a souvent présenté les analyses et les applications (nº262à69, 273/274, 277, 281, 291/292, 296, 299, 309, ...) et les différentes lectures qui en ont été faites : la lecture libérale, qui voit surtout dans Centesimus Annus de J.P.Il une justification de ses théories, la lecture pédagogique, critique envers le libéralisme économique, la lecture académique qui montre l’opposition entre l’individualisme de la société moderne, issue de la philosophie des Lumières et “la conception organique empruntée à la philosophie traditionnelle, notamment thomiste”. L’auteur s’applique à montrer la position intransigeante ( terme qu’il utilise souvent) de l’Église vis-à-vis “ d’un monde où l’avoir domine sur l’être, où le capital domine sur le travail”, où “ la rhétorique libérale réduit l’idée de justice au bon fonctionnement de la concurrence... (ce qui) favorise la domination des plus riches”. Même si l’Eglise feint parfois de reconnaître un phénomène social et semble se réconcilier avec le monde moderne, elle ne cède rien à sa vision traditionnelle de l’organisation des sociétés. Pour l’auteur, même la présentation de la subsidiarité par Chantal Delsol, comme un moyen de distancer l’individu de l’État et justifier l’approche libérale, ne reflète pas la vision organique de la D.S.E., qui subordonne toujours la politique et l’économie à la morale. L’apparente conversion de l’Église au libéralisme économique est toute relative. En réalité si le discours est moins offensif dans la forme, il reste intransigeant sur le fond. lère Partie : LES ENJEUX ÉCONOMIQUES. Pour la philosophie des Lumières, élément fondateur de la pensée moderne, la société est subordonnée aux droits de l’individu : c’est le triomphe de l’individualisme, une vision de l’homme et de la société en rupture avec la pensée thomiste, rigoureusement holiste, où la société est première par rapport à l’individu. Pour Thomas d’Aquin qui a une vision hiérarchique et inégalitaire de la société, dont il trouve le fondement dans la nature : “toute loi est subordonnée au Bien Commun”. Le Lumières apportent un nouveau système de pensée : l’homme moderne est un être titulaire de droits et aussi un être de culture. Le droit de propriété, qui chez St-Thomas n’était un droit naturel que second et grevé d’une hypothèque sociale, devient un droit attaché à l’individu seul. L’État doit garantir cette inviolabilité, ainsi que celle des contrats privés -noués sur le marché. L’homme n’est plus considéré comme celui qui recherche la vertu ou la grâce, mais son intérêt. Le marché devient le garant de la liberté individuelle. Selon A. Berthoud, il requiert pour son bon fonctionnement l’atomisation et l’anonymat le plus poussé, ce qui conduit au “marché foule”. Il l’oppose au marché rencontre, aristotélicien et thomiste, où le juste prix est établi selon des critères qui tiennent compte de la situation sociale des contractants. Avec l’économie de marché, la fin de la société se résume à un accroissement indéfini des biens et devient matérielle. Le système politique se transforme en système économique, qui domine toute la vie sociale. LA REACTION VIOLENTE ET INTRANSIGEANTE DE L’EGLISE Il n’y a pas d’entente possible entre ces deux visions. Dès 1759, Clement Xlll condamne l’Encyclopédie. En 1775, Pie Vl fustige les Lumières. En 1832 Grégoire XVI (Mirari vos) condamne le ibéralisme et le savoir scientifique, qualifié de “science sans pudeur”. Après plusieurs documents sur la Constitution chrétienne des Etats et la conception chrétienne de la liberté, Léon XIII (Rerum Novarum) traduit un esprit offensif intransigeant et réhabilite la pensée thomiste. Plutôt que de s’opposer, il propose une réforme organique de la société en vue de restaurer un ordre social chrétien, tout en affirmant le primat des valeurs spirituelles. 2ème Partie : LES ENCYCLIQUES PRE-CONCILIAIRES. Pour Léon XIII le capitalisme modifie en profondeur les rapports entre les hommes. Le cadre de la société rurale, artisanale ou de la petite industrie familiale éclate. La recherche du plus grand profit, qui est sa seule fin, transforme les détenteurs de capitaux en spéculateurs avides de plus-values. Pie XI, 40 ans plus tard, reprend les attaques de Léon XIII contre l’impérialisme de l’argent : “l’internationalisme ou impérialisme international de l’argent pour lequel là ou est l’avantage, là est la patrie”. (Q.A.17) L’imprécision de la méthode traduit cependant une position opportuniste à double sens, car son argumentation emploie beaucoup de circonlocutions. Mais il remet en cause l’amoralité de la science économique et la rhétorique libérale de l’harmonie naturelle des intérêts. L’économie s’émancipe de la politique et de la morale et impose ses fins à la société. En revanche, après avoir dénoncé le libéralisme économique comme l’outil de gestion du libéralisme idéologique, il avance l’idée d’une économie chrétienne, subordonnée au service d’une finalité humaine et morale. L’ambition de l’Eglise n’est pas seulement d’inciter à un comportement plus vertueux, mais d’influencer le droit positif en matière politique comme en matière sociale, en opposant une science catholique à la connaissance moderne. Cette orientation va susciter de nombreux débats et plusieurs lectures : - Celle d’Economistes catholiques (Dauphin-Meunier, H. Guitton). Sensibles au jeu du marché concurrentiel, mais hostiles au libéralisme économique, ils croient possible une économie de marché subordonnée à la morale. Les Intellectuels non économistes (M.D.Chenu, J.Y. Calvez) Forts de la reconnaissance par Pie XI du capitalisme, même couvert de critiques, la D.S.E. milite pour une économie encadrée. - J.Y. Naudet, économiste Iibéral. Pour lui aucun Pape ne s’est opposé au libéralisme économique, dès lors qu’ils défendent le droit de propriété. - Des travaux universitaires (Camp, Baum, P. de Laubier, Hobgood...) Ils relèvent tous la sévérité des critiques pontificales envers le libéralisme économique, mais aucun ne l’interprète comme un rejet du marché concurrentiel. Ils réduisent la D.S.E. à un enseignement moral, incitant à la vertu. Ou bien attribuent la position d’apparente tolérance envers le libéralisme, à une peur du socialisme. - Des théologiens ou religieux ( Mgr Guerry, P.Bigo...) relativisent la position de la D.S.E. Face à ces interprétations et s’appuyant sur des passages incontournables d’encycliques, B. Laurent soutient que la D.S.E. s’oppose radicalement au capitalisme, en prolongement de son rejet du libéralisme idéologique. L’économiste libéral M.Nowak est de cet avis sur les encycliques pré-conciliaires. UNE VISION HOLlSTIQUE DE LA SOCIETÉ Léon XIII ne pense pas que la société doive être organisée à partir des droits des individus, mais défend une conception organique de la société où chacun sert la fin de la communauté (R.N.15 & 27). Pie XI propose même un partage de la richesse créé, qui ne soit pas simplement le résultat de la mécanique du marché concurrentiel, mais qui satisfasse aux critères de la justice (Q.A.63). L’Eglise ne condamne pas les inégalités, mais stigmatise la violence du capitalisme en opposition à ce qu’elle considère être la gestion harmonieuse de l’inégalité dans les sociétés holistes. Léon XIII, qui parle davantage d’association, et Pie XI réhabilitent les corporations, comme une protection de la précarité ouvrière, face au libre marché (R.N. 2, 36) à condition qu’elles ne revêtent pas un caractère bureaucratique et politique.(Q.A.103). Il voit là la cohérence d’un projet alternatif au monde libéral (Q.A.90). Pie XI défend la primauté de l’intérêt commun sur l’intérêt individuel (Q.A.92) LA SUBSIDIARITÉ Les encycliques stigmatisent tant l’Etat socialiste qui ignore l’individu que l’État libéral qui ignore la communauté et qui réclame le désengagement des pouvoirs publics des affaires économiques et sociales. L’Église défend le droit à l’intervention de l’État, qui a un rôle redistributeur (R.N.11), notamment pour orienter l’activité économique et restaurer des équilibres. (R.N.26,29) Positions qui ont suscité de nombreux débats : pour certains le D.S.E. est peu interventionniste, pour d’autres, comme C.Delsol, la D.S.E. admet certaines connivences avec l’univers libéral ; la plupart pensent qu’elle admet un libéralisme tempéré. Camp se prononce en faveur des actions de l’Etat pour assurer un minimum de protection sociale, encourager l’industrie et promouvoir l’intérêt général. B.Laurent est radical : La légitimité de l’intervention s’inscrit dans une perspective intransigeante qui rejette la régulation par le marché concurrentiel. Cette interprétation s’inscrit dans la lignée de Mgr Ketteler, d’A. de Mun, de l’Union de Fribourg. Quant à la subsidiarité, elle permet de combiner harmonieusement la recherche de l’intérêt individuel et la cohésion de la communauté. Car dit-il : les “corps intermédiaires, ce que les commentateurs ne soulignent jamais assez, rappellent les vertus d’une société qui sait valoriser les lieux de socialisation de petite taille. Face au gigantisme de la société moderne, Pie XI exprime la nostalgie de l’ordre rural et de la petite entreprise.” Pour C.Delsol, si la D.S.E. exalte le principe de la subsidiarité, c’est surtout pour protéger la liberté individuelle, face à la pression de la société socialiste. Mais sans reprendre la représentation organique de la société, si bien que l’individu n’est plus subordonné à la totalité sociale. Quant aux libéraux (M.Nowak, J.Y.Naudet) il donnent un contenu économique à leur analyse libérale de la subsidiarité. B.Laurent conclut que la subsidiarité renvoie à un schéma traditionnel d’organisation de la société. Elle doit être rangée dans la filiation intransigeante. LA JUSTICE. L’objet de la justice légale et de “ la justice sociale” est le Bien Commun. On attribue l’origine du terme à Pie XI. Elle fait l’objet de recommandations importantes : juste salaire, refus du travail des enfants, règles strictes pour le travail féminin, repos dominical... Il ne faut pas s’en remettre à la seule charité pour régler les inégalités. Alors que F. Hayek ironise sur la promotion par l’Église des idées de justice sociale et s’oppose à toute forme de rationalisme constructiviste, pour la D.S.E. le salaire est subordonné à la réalisation du Bien Commun qui commande que chacun ait de quoi assurer sa subsistance. C’est pourquoi elle s’oppose au salaire contractuel résultant d’un accord conclu avec un homme dans le besoin, dont la liberté de jugement est alors aliénée (R.N.37). Elle oppose la rémunération négociée avec les institutions représentatives des salariés. En cas de désaccord, elle reconnaît légitime l’intervention de l’État. La justice sociale réclame un juste partage et doit aussi tenir compte des charges familiales (Q.A.78j. LA PROPRIETE PRIVEE Bien que sur ce point la D.S.E. soit proche de la rhétorique libérale qui en fait un attribut de l’individu (R.N.9), Pie XI insiste davantage sur sa dimension sociale (R.N.19). 3ème Partie : LES ENCYCLIQUES CONCILIAIRES. Elles continuent la critique tant du capitalisme que du libéralisme économique et de la rhétorique de l’harmonie naturelle des intérêts, selon laquelle la recherche par chacun de son intérêt personnel bénéficie à l’ensemble. En réalité celle-ci favorise la situation des plus forts (P.P.33). Elles récusent le capitalisme comme facteur de développement et continuent à affirmer le primat du politique. (O.A.46) B.Laurent attribue la persistance de cette attitude rigoureuse à Économie et Humanisme et au Père Lebret, qui a écrit la première version de Popularum progressio. Ils opposent en effet l’harmonie des sociétés holistes aux désordres de la société industrielle moderne. Ils vantent le monde des petits commerçants et l’organisation des échanges sur les marchés des bourgs provinciaux. L’anthropologie qui réduit les institutions à une logique marchande, où tout se quantifie, s’oppose à l’organisation de la société autour des valeurs humaines. Cependant l’attitude d’Économie et Humanisme repose sur une méprise : car elle défend un projet scientifique marqué par la stricte laïcité. Face à l’économie libérale qui donne à chacun selon ses moyens, elle propose de subordonner l’économie aux besoins purement matériels, qui ”doit se réaliser à l’échelle mondiale sur la base d’une solidarité universelle croissante entre les peuples” ; elle s’éloigne ainsi de la tradition chrétienne et réduit le problème à la seule problématique économique. De nombreux débats vont alors s’installer entre les différents courants évoqués précédemment. Certains voient un infléchissement de la critique de l’Église envers le libéralisme économique, qui se déplace au niveau international où la concurrence entre acteurs d’inégal niveau est stigmatisée. Mais les Papes sont loin de reconnaître le savoir scientifique comme norme pour émanciper l’économie de la morale, pas plus que du politique CRITIQUE DES IDÉOLOGIES. L’Église conciliaire reste néanmoins intransigeante et opposée aux idéologies socialistes ou libérales. Le royaume qu’elle annonce n’est pas de ce monde. Le Père Chenu voit dans la substitution par le Concile du terme doctrine sociale par celui d’ enseignement social, une invitation à reconnaître la réalité sociale moderne, à abandonner le projet de société organique et à ne considérer que l’aspect d’évangélisation et de témoignage. Bien au contraire la D.S.E. reste intransigeante et anti-libérale envers la société bourgeoise (G.S.59,3). Elle est impressionnée par le développement des sciences et de la technique, mais elle n’en craint pas moins ses effets pervers, car le savoir moderne ne permet pas de penser l’homme dans sa globalité (O.A. 38 & G.S.56,4) UNE CONCEPTION TRADITIONNELLE DE LA PROPRIETE PRIVEE. Le fondement naturel de la propriété reste la destination universelle des biens, en opposition avec la vision libérale, qui en fait un attribut de l’individu (G.S.69) La propriété est une institution sociale, ce qui relativise son usage privé (P.P.23), “surtout quand les autres manquent du nécessaire”. Ce qui légitime l’intervention de la puissance publique (G.S.69). Problème des Latifundia en Amérique latine(G.S.71 et P.P.24). Le Père Chenu voit là une ouverture aux thèses socialistes, tandis que pour d’autres, cette démarche s’inscrit dans la tradition médiévale. Cependant S. Laurent pense que ces interprétations ne reflètent pas le dessein du magistère, qui prend soin de faire du socialisme l’un des fruits du libéralisme idéologique dont le chrétien doit se défier. UNE VISION HOLISTIQUE DE LA SOCIETE. L’Église conciliaire insiste sur la nature politique et sociale de l’homme et propose toujours une vision organique de la société (G.S.25,1 et P.P.53). La santé morale d’une communauté ne peut reposer sur la seule éthique des individus ; elle passe par l’érection d’institutions publiques solides (G.S.30). L’Église ne se satisfait pas de l’État libéral (M.M.57,58). Les structures sociales doivent garantir le droit à la santé, à l’éducation, au travail, au logement, à la nourriture (P.P.11). L’apparente reconnaissance de la supériorité de l’initiative privée (M.M.51) n’autorise pas, comme le fait J.Y.Naudet, une interprétation libérale. La subsidiarité est toujours entendue comme le modèle d’organisation des corps intermédiaires à rechercher. C’est d’autant plus vrai que l’on a souvent coutume de présenter la D.S.E. comme une 3ème voie (expression dont la paternité est de H.Guitton) médiane entre socialisme et libéralisme, alors qu’elle est radicalement une voie autre, qui fonctionne sur un autre régime de structures. 4ème Partie : LES ENCYCLIQUES DE JEAN PAUL II. Laborem Exercens pose le problème du travail, aujourd’hui opposé à la conception chrétienne. S’il n’est pas aussi radical que ses prédécesseurs dans la condamnation du libéralisme économique, sa singularité le place dans une volonté d’engager une politique de reconquête. Il n’en dénonce pas moins la réduction des fins de la société à la seule logique économique (l’économisme) et à l’exacerbation de la passion des biens matériels (le matérialisme) rejetant toute contrainte d’ordre moral, en recherchant l’intérêt individuel au détriment de la solidarité. L’auteur épingle au passage le Père Sirico et la très libérale Société du Mont Pèlerin. CENTESIMUS ANNUS. Jean Paul Il développe une position classiquement intransigeante, selon laquelle l’exercice de la liberté se réfère à la vérité chrétienne. Il stigmatise l’athéisme, qui sous-tend le socialisme (C.A.13), fille elle-même de la modernité et qui rejette l’idée d’une subordination de l’organisation politique à une contrainte d’ordre moral (C.A.46), L’anthropologie libérale donne naissance à une société individualiste qui favorise la morale du désir et de l’avoir, au détriment de la justice (C.A. 19-S.R.S.28). Son réquisitoire vise le système de pensée des Lumières (C.A.36). Seul le retour au système global de sens de l’Église permettra à la condition humaine moderne de sortir de cet état d’aliénation (C.A.41). La reconnaissance du libéralisme n’est qu’apparente. Il ne valide ni le jeu concurrentiel du marché, ni le capitalisme comme mode de régulation de la production (C.A.42). Il se prononce en faveur d’une politique active de redistribution (C.A.34) et justifie les politiques sociales de transfert (C.A.40), en même temps qu’il justifie les luttes syndicales (C.A.35). Il semble, estime l’auteur, que la réflexion contemporaine ne souligne pas suffisamment combien l’individualisme méthodologique de la science économique, qui impose une fin matérielle, est en phase avec l’individualisme idéologique de la société moderne, où c’est l’homme lui-même qui est créateur de ses valeurs. Alors que la recherche du Bien Commun réhabilite l’idée d’une loi naturelle qui dicte ses fins à l’homme. LES DEBATS La plupart des commentateurs admettent que J.P.II reconnaît les mérites de l’économie de marché, même si elle est assortie de réserves. Les écrits les plus nourris proviennent de J.Y.Naudet, qui cherche à réduire le rôle de l’Etat à la défense de la propriété privée et de la concurrence. Mais il abuse des citations tronquées qui favorisent sa thèse. Comme son maître F. Hayek, il rejette “tout rationalisme constructiviste”. Pour les libéraux, toute conception du marché, comme moyen de promouvoir la fraternité est incompréhensible. Il n’est pas besoin que les hommes s’aiment, avance M. Friedman. J.Y.Naudet va jusqu’à éviter le mot actionnaire ou capitaliste pour le terme plus neutre d’épargnant. Pour lui la mise en oeuvre de la destination universelle des biens relève de la charité privée. Quand J.P.II reconnaît la supériorité du marché libre, c’est par rapport au marché administré des sociétés communistes, mais il se prononce pour un marché strictement encadré. Il insiste sur le lien entre idéologie et structure sociale (C.A.39). Il se prononce certes contre l’État providence, mais il loue l’action de l’État durant les 30 glorieuses. (C.A.49). Quant au Père Calvez ses critiques sont plus ambiguës et nuancées. Cependant, J.P.II attaque plus qu’aucun autre le subjectivisme moderne ( l’homme se donne à lui-même sa loi : la morale est purement humaine), le relativisme moderne ( tout se vaut), le culte du pouvoir scientifique ( risque de toute-puissance) et l’utilitarisme ( chacun recherche son seul intérêt), Dans Laborem exercens, il s’inscrit dans une vision balistique de la société et se prononce en faveur d’une législation du marché du travail, pour un système de redistribution et pour une politique sociale. Il réaffirme la priorité du travail sur le capital. Il relativise la propriété et rejette l’idée libérale que l’organisation de la charité revient exclusivement aux individus. Il oppose avec vigueur le rôle de l’Etat (C.A.40), qui a la responsabilité d’orienter les intérêts individuels au service du Bien Commun ( C.A.48) La propriété privée est subordonnée à la destination universelle des biens ( C.A.6, SRS 42, L.E.14) La recherche du juste salaire en est un des aspects. CONCLUSION. Il est clair que la D.S.E. n’est pas une 3ème voie entre le capitalisme libéral et le collectivisme (C.A.41). Elle construit la société sur d’autres bases. L’Eglise pérennise ses positions intransigeantes, même si dans la forme sa présentation prend une allure plus opportuniste et prudente. A l’exception du courant libéral (Acton), tous les commentateurs reconnaissent les réserves importantes formulées à l’encontre du libéralisme économique. Mais B. Laurent est plus radical : La D.S.E. reste anti-moderne, anti-libérale, anti-socialiste. Elle représente un système de pensée alternatif, dont découle une conception de l’homme, de la société et de la sphère économique.


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