Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

Chronique de l’Enracinement du 8 avril 2008

samedi 16 août 2008 par Benjamin Guillemaind

Ces cloches introduisent une nouvelle « Chronique de l’Enracinement », que j’ai décidé de consacrer au début de chaque Journal des artisans durant 10 mn. Pourquoi ce titre ? D’abord parce que beaucoup d’auditeurs m’ont dit être excédés par, comme je le suis moi-même, de propos d’ordre économique, inspirés des théories révolutionnaires, mises en œuvre à cette époque et qui développent aujourd’hui toute leur nocivité. Ensuite à référence à S.Weill, qui avait perçu le mal qui nous ronge et la substitution d’un mode d’organisation sociale, où tout conduit à la mondialisation, à un modèle de civilisation, façonné par des siècles d’expérience et de sagesse et fondé sur des communautés naturelles à échelle humaine. Je pense aborder moi-même un certain nombre de thèmes et faire appel à d’autres personnalités ou économistes qui apporteront d’autres éléments. Je pense à A. Arette, Sarlon Malassert… , dont on entend peu les voix ; ------------------------------ Je commencerai aujourd’hui par montrer comment ces idées et théories économiques, issues des Lumières, sont destructrices de nos racines, qui sont les racines mêmes de notre civilisation chrétienne, dont tout le monde convient qu’il faut défendre. Ces racines, qui disparaissent, formaient le terreau des structures sociales et économiques, où s’alimentait la plante. C’était d’abord la paysannerie, qui pratiquait une culture respectueuse des saisons, respectueuse de la terre enrichie par des siècles de travail et entretenue par le compostage. Dans son sillage l’artisanat assurait l’essentiel des besoins de la vie courante : habitat, habillement, loisirs….accompagné d’un réseau de distribution et de commerce de proximité, organisé autour de familles Enfin une industrie très diversifiée sur le territoire national pour des productions qui exigent de plus grands moyens ; Les progrès étaient lents, éprouvés par le temps et l’usage. Le « matériel » restait subordonné au « spirituel ». C’était tout un art de vivre au sein du tissu rural constitué par nos provinces, nos villages où le lien social était très fort.

Tout cela a été détruit par des idées fausses, émises par quelques économistes libéraux, et qui allaient être mises en applicationà l’occasion de la révolution française. Je citerai deux axiomes qui allaient inverser toutes les valeurs qui fondaient notre civilisation : 1°) Adam Smith ‘fin 18ème s.) : « La recherche par chaque individu de son intérêt personnel est le meilleur moteur de l’intérêt général » 2°) axiome aussi pernicieux J.B.Say (fin 19ème) : « Si un pays peut vous fournir une marchandise à meilleur marché, il vaut mieux que nous la lui achetions. » Ces deux axiomes sont complétées plus tard par la théorie des spécialisations nationales et reprises par tout le courant libéral de Frédéric Bastiat à Frédéric Hayek. Vous observerez dans ces deux théories que tout est centré sur le prix : l’Argent et la notion d’intérêt. Il n’est plus question de qualité et de Bien Commun. Dès lors tout ce qui entrave la recherche du moindre prix doit être prohibé. Toutes les barrières, les protections, les structures sociales qui freinent le marché concurrentiel sur les prix doivent être abolies. Cela a commencé avec la suppression des communautés de métiers, des communautés de province, des langues régionales, le début de l’exode rural vers les villes et les centres industriels. Ce déracinement continue aujourd’hui avec la destruction des nations et des racines de notre civilisation paysanne, artisanale et rurale. C’est la logique du système. Et il y a une incohérence de ceux qui prétendent défendre les racines culturelles de la France et de l’Europe, alors qu’en même temps ils créent les conditions économiques du déracinement. Tous ces éléments se retrouvent dans le rapport Attali, dont toutes les mesures forment un tout et sont envisagées dans une philosophie de déracinement et de nomadisation individualiste : que ce soit la disparition des petites communes qui constituent encore des lieux de convivialité rurale, que ce soit en matière de concurrence ( c’est toujours pour « baisser les prix »), que ce soit à propos des professions libérales ou des taxis…… ° ° ° ° ° ° ° ° Voici quelques applications désastreuses du libéralisme dans l’artisanat : I-Jusqu’en 1962, pour exercer un métier artisanal et être inscrit au Registre des Métiers, il fallait justifier d’une compétence (CAP ou années de salariat). En 1962 le Ministre Jeannenet -le père- a fait adopter une loi autorisant n’importe qui à exercer un métier et à s’inscrire au Répertoire des Métiers. Toutefois pour revendiquer le titre d’artisan, il fallait justifier de compétences. Cela provoqua des confusions auprès du public et une baisse de la qualité des services. On s’est vite rendu compte des effets pernicieux de cette loi et en 1991 on exigea à nouveau des compétences pour exercer des métiers à risques : plombiers, électriciens, maréchaux-ferrants, pédicures…. II-On a beaucoup parlé du plombier polonais….La Cour européenne de justice vient à nouveau la semaine dernière de justifier une entreprise polonaise sous-traitante en Allemagne, qui employait du personnel polonais au tarif polonais, ce que contestaient les travailleurs allemands. Voilà où nous en sommes : les salariés français doivent aligner leur salaire sur celui des polonais ou des chinois, au nom du libéralisme économique, imposé par l’Union européenne. III-C’est le même discours que tiennent aujourd’hui les libéraux en s’appuyant sur le rapport Attali, qui reprend le rapport Rueff de 58 ( on a de la constance chez les libéraux !). Ils veulent faire tomber les dernières barrières qui protègent encore quelques professions, toujours pour une question de prix et de concurrence. Heureusement le bon sens a fini par prévaloir. Le gouvernement a repoussé les réformes proposées pour les professions libérales réglementées. Et il envisage d’augmenter de 32.000 les licences des taxis d’ici 2012, suivant le rapport Chassignoux et d’améliorer la circulation vers Roissy. IV-Enfin 4ème exemple qui nous coupe de nos racines dans la restauration. Les restaurants exotiques prolifèrent et offrent des menus à prix défiant toute concurrence ( toujours le prix) que peut difficilement concurrencer la cuisine française. D’où la saine réaction des grands chefs français pour la qualité, mais elle n’est supportable que pour des classes aisées et inacessible au petit peuple. Ainsi par l’économie libérale, qui permet à n’importe qui de s’installer, on nous coupe de nos racines gastronomiques. Insidieusement elle tue l’identité nationale.

° ° ° ° ° ° ° ° La conclusion consiste à proposer d’autres voies que les deux fausses voies du libéralisme et du socialisme, toutes deux sous-tendues par le même individualisme, en militant pour redécouvrir les vertus d’une économie ménagère, une économie familiale, une économie de proximité, mois coûteuse et re-constitutive de lien social, que celle tournée vers le grand large, l’industrialisation systématique des activités de production et les échanges internationaux. Les Etats-Unis semblent en pointe en ce domaine pour réagir à la société de consommation. L’excellent bulletin trimestriel l’Actualité rurale (38 avenue Niel, 75017 Paris) préconise de suivre ce mouvement de réaction et d’engager l’exode urbain, un retour vers nos racines paysannes. Il faut recentrer l’économie sur la famille, remettre la famille au cœur de l’économie. Elle cite le Petit Journal du fermier américain (Im.1/2 d’abonnés) qui affirme qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être agriculteur. La demande de produits bio a triplé leurs revenus. Les marchés-bio sont passés de 1750 en 1994 à 4.500 en 2007. Elle cite aussi Jimmy Goldsmith à propos du Bouthan ( est du Népal) : Pays heureux, dit-il, où le temps est immobile, la nature inchangée, la religion immuable, la société traditionnelle. De petites exploitations familiales occupent 90% de la population. De jolies fêtes ornent la vie paisible. Ni stress, ni délinquance. Or selon le caractère retenu pour le calcul du PIB, un habitant de Washington est 80 fois plus riche ; donc il faudrait étendre ce système au reste du monde et occidentaliser le Bouthan pour l’enrichir et ouvrir le marché. ( Créer des richesses et ouvrir des marchés : Dieu sait si les libéraux nous en bassinent les oreilles). Or conclut J.Goldsmith, le roi du Bouthan repousse ces bonnes intentions. Il est moins intéressé par le produit national brut que par le Contentement National Brut. Qui a raison ?


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