C.H.DOUGLAS ou ASPECTS MONETAIRES DU DISTRIBUTISME
Parallèlement aux catholiques sociaux anglo-saxons du début du 20èmes., comme H.Belloc, G.K.Chesterton, d’autres personnalités s’interrogeaient sur les causes des deux perversions économiques dominantes de l’époque : les concentrations financières et l’internationale marxiste. Ingénieur aux Indes, chargé de grands travaux, l’écossais Clifford Douglas ne comprenait pas que, faute d’argent, il soit contraint de renvoyer ses ouvriers. Toute sa vie il se penchera sur ce problème : pourquoi dans une société d’abondance, où la machine économique produit des biens en surabondance, y a-t-il des populations qui en soient privées. Il va ainsi ouvrir une voie de recherche, que poursuivront d’autres théoriciens, autour des questions monétaires, pour une meilleure répartition du moyen d’échange qu’est la monnaie. Il sera le précurseur de ce qu’on appelle le crédit social et d’un courant qui s’intitulera le créditisme.
Ce n’est pas le système de production qui est en cause, c’est le système de distribution : « L’heure est venue d’un changement de mécanisme ; au lieu d’une société fondée sur la contrainte, une société fondée sur l’assistance et la coopération se fait attendre.… Quel est cet obstacle dressé entre l’énorme réservoir des biens offerts et la clameur croissante de la multitude, capable d’exprimer son désir, mais incapable de le satisfaire ? – Cet obstacle, c’est l’Argent. » (p.25/73, Crédit Social, t. 1). La pauvreté au sein de l’abondance est vue comme le résultat d’une manipulation délibérée, opérée pour des raisons idéologiques, par les banquiers qui mènent le monde.
Pour lui tout repose sur quelques idées clés : l’argent ne doit pas être un étalon de valeur, mais un symbole de valeur ; donc le volume en circulation doit croître et décroître en stricte proportion de la croissance et décroissance des biens correspondants (p, 187). La monnaie doit être distribuée gratuitement à tout citoyen, sous forme de dividende, du fait qu’il est citoyen et qu’il doit profiter de la production globale de la nation. C’est au peuple tout entier, par un Office National de Crédit, de se réapproprier le pouvoir de création monétaire, actuellement à la discrétion des banques, qui distribuent le crédit. Au lieu d’être délivrée par les banques aux investisseurs ou consommateurs moyennant intérêt et selon leur demande, la monnaie, qui est un Bien Commun, doit être créditée équitablement à chaque acteur économique, enfant ou vieillard, actif ou non, sans intérêt, par cet Office en fonction de la production.
Pour soutenir la production Douglas prévoyait un mécanisme de « prix assisté », système de bon d’achat, qui aide ponctuellement les entreprises qui subissent des effets négatifs de surproduction ou d’insuffisance des consommateurs. C’est un peu la formule appliquée en 1976, avec la prime de 5.000 F. pour l’achat d’une voiture neuve. Cette formule permettrait aujourd’hui de soutenir des productions saines. Mais au lieu d’être prise sur l’impôt, la prime provient alors d’une création monétaire, de valeur égale à la surproduction d’automobiles. En 1933, l’idée sera énoncée par Irving Fisher, suivi en 1944 par le Père Fahey, spiritain irlandais, qui dénoncera aussi la création monétaire par les banques et préconisera un retour exclusif de ce droit à la banque centrale. En France d’autres économistes chercheront à améliorer ces mécanismes de distribution. Jacques Duboin (la Grande Relève) et Henri Guitton préconiseront l’attribution gratuite à chaque citoyen d’un « revenu de dignité » : l’augmentation globale de la production doit profiter à tous les membres de la nation. Maurice Allais, Nobel d’économie, lui, limite les prêts des banques aux dépôts de même terme de leurs clients. Tovy Grjebine, le 22 7 81, fera déposer par des députés UNR un projet de loi n°157, rendant à la banque centrale 85% de la création monétaire ; il restera sans suite.
Yoland Bresson préconisera de son côté l’octroi à tout citoyen d’un « Revenu d’Existence », formule que présentera au gouvernement Christine Boutin en 2002 ; mais au lieu d’émettre la nouvelle monnaie par la banque centrale, elle confie cette mission aux banques secondaires, sans intérêt, en remplacement de tous les revenus de transfert actuels.
S’inspirant des travaux de Sylvio Gessell, qui pensait grever la monnaie d’un taux de dépréciation pour empêcher sa thésaurisation et activer sa circulation, Janpier Dutrieux propose un système tendant à accroître la vélocité monétaire et à réduire l’épargne non productive et la spéculation monétaire. Après avoir irrigué le circuit économique ce volume de crédit social nouveau est annulé par une taxe d’épongement sur l’ensemble de la masse monétaire lors de la dépense, comme avec la TVA. Il est à nouveau attribué à chaque citoyen proportionnellement à la croissance et à nouveau épongé lors de nouveaux achats. Ce système interdit tout processus d’accumulation.(www.fragment-diffusion).
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