Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

LES DEUX CORPORATISMES …….. ou QUEL CORPORATISME POUR DEMAIN ?

samedi 7 février 2009 par Benjamin Guillemaind

Alain Cotta est un des rares universitaires à soutenir l’institution corporative comme structure vitale de l’économie. Auteur du Corporatisme (coll : que sais-je ?) et le Triomphe des corporations (Grasset, 1983), il récidive avec Le corporatisme (Fayard, 2008). Pour lui ce système a survécu à tous les régimes. Il le voit dans le syndicalisme qui assume la fonction revendicative et permet à des catégories professionnelles de défendre des acquis sociaux ; les grèves de pilotes, d’infirmières, de postiers… en témoignent. Seulement les corporations, dit-il, ont changé de nom : « ce sont les métiers, les professions, les branches, qui sont aujourd’hui porteurs de l’esprit corporatiste ». Bien que l’on dénonce souvent leur tendance à défendre des privilèges, A.Cotta y voit un signe de bonne santé ; c’est le lieu où se posent et se règlent les vrais problèmes de l’économie. Alors que les partis sont en déclin, les syndicats sont les seuls vrais interlocuteurs de l’Etat.

Devant les excès du marché et de la mondialisation, tous les principes libéraux volent en éclat : l’entreprise est érigée en vraie puissance et la globalisation entraîne une extrême inégalité. L’exportation du modèle américain va, selon lui, déboucher sur des désordres sociaux d’envergure, qui permettront un recentrage sur les Etats-Nations. On reparle de régulation, de protectionnisme. Après le stade industriel, la progression des activités de services nécessitera la régulation et une concertation tripartite : entreprises, employés, Etat. « La solidarité va trouver dans le métier son terrain d’élection, grâce à la proximité qui s’imposera ». Ainsi pour A. Cotta, le corporatisme est le stade ultime du capitalisme, qui n’aura été qu’une transition.

Ses premiers ouvrages exprimaient sa conception très planifiée du régime corporatiste. « Au Plan, se retrouvent et se rencontrent les corporations et l’Etat met à leur disposition les moyens dont il a le monopole financier, économique et réglementaire » (p.111, Que sais-je). A.Cotta semble ignorer la spécificité du corporatisme français prôné par les chrétiens sociaux. Steven Kaplan dans La France malade du corporatisme, (Belin, 2002) déplorait la méfiance entretenue en France envers le corporatisme. Il observait aussi que dans le corporatisme démocratique « républicain » les professionnels reçoivent des pouvoirs réglementaires de l’Etat, seul régulateur du corps social. Alors que dans un système fédéraliste, inspiré du principe de subsidiarité, le rôle de l’Etat est plus de surveillance, d’arbitrage et de suppléance que de dirigisme.

Les corporatistes chrétiens ont toujours redouté que l’Etat prenne une importance croissante, proche du totalitarisme. Pour eux la vie économique se règle essentiellement au niveau des corps professionnels, davantage préoccupés d’organisation et dotés d’une large autonomie pour les investissements, le crédit, les solidarités, les salaires et les prix, la déontologie, la formation, l’intérim, la propriété du métier…..mais sans exclure l’intervention régulatrice de l’Etat, variable selon les circonstances, mais limité à sa fonction de garant du Bien Commun.

Entre le corporatisme indéfini d’A. Cotta, les libéraux individualistes qui le stigmatisent et le socialisme qui l’étatise, il y a une formule proche d’un mutuellisme à construire, où les 3 niveaux : Etat, corps professionnels et individus aient des fonctions bien définies. Benjamin Guillemaind

1) J.Paillard a relaté dans La Révolution corporative spontanée ( 1979,Vivarais) le bras de fer qui opposa ce courant au projet synarchique.


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