Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

RICHESSE ET PAUVRETÉ

mercredi 11 février 2009 par Benjamin Guillemaind

Au début de l’ère industrielle, la concurrence libérale entraîna de telles misères que les chrétiens sociaux obtinrent la mise en place d’une législation sociale, qui remédia aux injustices les plus criantes d’une société décomposée. Ce système fonctionna tant que les économies étaient contenues dans un territoire bien délimité, où ces lois s’appliquaient par un contrôle des changes et des droits de douane et plaçaient à peu près tous les concurrents sur un pied d’égalité. Avec la mondialisation, qui libérait les marchés à l’échelle planétaire, dopés par le faible coût des transports, l’évolution galopante des techniques et des communications, cette situation relativement stable éclata. Les Etats ne furent plus en mesure de les contrôler. Les grandes entreprises crûrent en taille par fusions, rachats, restructurations, au point d’être en position de monopole. La compétitivité et la rentabilité financière devinrent primordiales pour durer, au risque de disparaître ; d’où l’importance des actionnaires, des fonds de pension et des marchés financiers impersonnels, entraînant des conséquences désastreuses sur les entreprises locales ou sous-traitantes, les PME et les salariés dont le statut devint précaire.

Ce nouveau système engendra des inégalités insupportables et un accroissement des zones de pauvreté. On estime qu’en Europe, 7,8 millions de personnes sont menacées de pauvreté, alors qu’il n’y eut jamais autant de profits concentrés en quelques grands groupes ? Heure par heure les médias nous harcèlent avec l’évolution du CAC 40 ou du Dow Jones. Nous sommes conditionnés par l’idée qu’il n’existe rien d’autre que la vérité des marchés et l’inéluctabilité des misères qu’ils entraînent. Comment alors en limiter les effets ? Le Comité Pauvreté et Politique [1] propose la mise en place d’indicateurs de performance globaux, qui ne soient pas que financiers. En effet une entreprise restée en France supporte tous les coûts salariaux et environnementaux, alors que celle qui délocalise et réimporte sa production en est exonérée. Ses montants sont supportés par la collectivité : pollution de l’air, bruit, couvertures d’autoroutes, conséquences sanitaires, traçabilité des produits importés, assainissement, infrastructures routières, dégradation des océans, déforestation….

Or il existe bien un PIB vert, qui indique le coût des dommages écologiques, la diminution des stocks de ressources naturelles, les dépenses de gestion de l’environnement. Mais ce PIB n’entraîne aucun effet et qui en parle ? Seuls les taux de croissance sont pris en compte. Même les catastrophes naturelles, la vache folle ou l’Erika échoué entrent dans son évaluation et font progresser la croissance ; en contrepartie le bénévolat la fait baisser.

La proposition de P. & P. consiste à intégrer dans la comptabilité publique ce PIB vert et à enrichir la comptabilité des entreprises par des indicateurs de performance globale, permettant de mesurer et surtout d’assumer le coût des conséquences sociales et environnementales de leurs activités actuellement à charge de la collectivité.

C’est possible ; de nombreux indicateurs existent déjà à l’échelon national, souvent mis au point par le P.N.U.D. : l’IPH, indicateur de pauvreté , l’IDH, indicateur de développement humain. Le Comité voulait faire inscrire dans le projet de Constitution Européenne l’obligation des Etats, sous peine de sanctions comme pour les critères de convergences économiques, de respecter un indice de pauvreté humaine, évalué selon 4 critères : espérance de vie, illettrisme, chômage de plus d’un an, niveau de revenu, avec obligation de résultats. Il n’y est pas parvenu pas plus que dans le nouveau Traité Européen.

Certes ces mesures soulageraient les misères immédiates, causées par le capitalisme financier. Mais est-ce suffisant de moraliser un système pervers par nature ? C’est fondamentalement tout le système qui est vicié. Ce sont, disait Pie XII, « les puissances financières qui dominent toute l’économie publique et privée. » Il réclamait déjà un ordre social fondé sur d’autres valeurs, comme « la diffusion de la petite et moyenne entreprise », pour revenir à la taille humaine des marchés. Marcel Clement dans l’Economie sociale selon Pie XII l’observait à propos du syndicalisme : « Il est indispensable dans le capitalisme libéral en vue de limiter les dégâts.. ..Mais il est la réaction nécessaire d’une société gravement désordonnée,…il intervient d’une façon négative. Il n’intervient pas encore, normalement et organiquement, de façon positive, pour constituer l’économie. »

[1] 53 Grande rue, 60540 Puiseux le Hauberger , 03 44 26 56 07


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