Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

ÉCONOMIE.

jeudi 19 mars 2009.

Ce terme désigne généralement l’ensemble des rapports marchands entre producteurs et consommateurs. L’économe d’une collectivité gère les questions matérielles. On oublie souvent qu’économie exprime d’abord une idée de parcimonie et frugalité. Etre économe est d’abord une vertu. L’abondance et les théories productivistes nous ont fait perdre ce sens. La publicité vient exciter l’envie et centre tout le bonheur de vivre dans la consommation. Avant l’ère industrielle, la réclame était interdite : l’artisan doit attendre et non attirer le client. Cette mesure s’applique toujours aux notaires et médecins, où la concurrence s’établit sur la qualité de la prestation. L’idéologie de la croissance matérielle cherche à susciter des besoins, qui ne sont pas essentiels à la finalité première de la vie, la croissance spirituelle. Georges Bernanos le disait en termes réalistes : « Paris-Marseille en un quart d’heure, c’est formidable ! Car vos fils et vos filles peuvent crever, le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc, imbéciles ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes » (La France contre les robots) et encore : « Il était fatal que l’homme construisit ces machines, et d’ailleurs il en a toujours construit. Il n’était nullement fatal que l’humanité consacrât toute son intelligence à la construction des mécaniques, que la planète entière devint un immense machinerie et l’homme une sorte d’insecte industrieux » (La liberté, pour quoi faire ?). Inversant les valeurs, le matériel s’est ainsi substitué au spirituel, à notre insu. On ne se contente plus du suffisant, on veut jouir du superflu, disposer du confort à tout prix. Une innovation chasse l’autre. Des milliards sont investis pour aller dans Mars, alors que des milliards d’êtres humains meurent de faim. Ainsi deux courants contraires s’affrontent : L’un exploite le désir, l’envie, la consommation. Il résulte d’une conception évolutionniste de l’humanité, dont l’âge industriel serait l’aboutissement. Cet état d’esprit inspire autant la mouvance libérale que socialiste, dont le matérialisme est le dénominateur commun. Seuls les moyens d’y parvenir diffèrent. L’autre se fonde sur la hiérarchie des valeurs, selon la célèbre formule de St Ignace : user des biens matériels « autant qu’il faut, mais pas plus qu’il faut ». L’office de Complies le rappelle : Sobrii estote et vigilate. (Soyez sobres et veillez). Des générations furent élevées dans cet état d’esprit de frugalité : on ne jetait rien, on réparait, on raccommodait. Le pain, même dur, était sacré. Les restes alimentaires allaient aux bêtes, les menus déchets au compost du jardin. Le localisme des besoins et des approvisionnements limitait l’emballage, le transport, les conservateurs. Le lait frais et cru de la ferme passait en quelques minutes de la traite à la table. On économisait la matière première. On prenait son temps, on se contentait de ce qu’on avait. On était économe. Ces habitudes de vie ont été balayées par la civilisation industrielle du tout jetable, dont les déchets, inhérents à l’urbanisation, nécessitent des traitements coûteux, l’épuration des eaux usées, un gâchis invraisemblable. La nécessité va nous contraindre à redécouvrir que l’économie, avant d’être une science, est d’abord une vertu et un art. Benjamin Guillemaind .


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 73480

Suivre la vie du site fr    ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.5 + AHUNTSIC

Creative Commons License