Le coopératisme et le mutualisme reposent les principes premiers de l’entraide et du partage, en reaction contre l’individualisme libéral, notamment après la loi Le Chapelier de 1791 interdisant les associations ouvrières et le compagnonnage 1. Ils s’inspirent du socialisme associatif et du christianisme social. On peut en trouver l’origine antique avec l’aménagement du fermage collectif à Babylone, puis avec les confréries d’assistance à Rome, et plus tard avec les compagnons bâtisseurs de cathédrales du Moyen-age. Mais c’est surtout l’expérience de la “Société des équitables pionniers de Rochdale”, en 1844, en Angleterre qui annonça le mouvement coopératif au XIXe siècle. Celui-ci s’adapta aux temps et modes et se développera avec les apports de Robert Owen, Charles Fourier, Philippe Buchez, Frédéric Le Play et Charles Gide 2.
Les principes coopératifs se fondent sur l’égalité des associés (ou coopérateurs) qui disposent chacun d’un droit égal au sein de la coopérative sur la base d’une voix, un homme, en opposition avec les principes de la société de capitaux où le droit est proportionnel à l’apport en capital.
Les idéaux mutuellistes réapparaissent au XIXe siècle, avec les tisserands en soie de Lyon, les Canuts, qui fondèrent, en 1828, la Société du Devoir Mutuel, société de secours mutuel mais aussi société de résistance. Pour contourner la loi Le Chapelier, cette société fut d’abord discrète mais sera suivie de plusieurs autres sociétés mutuellistes. Puis sous le Second Empire, un décret de mars 1852 autorisa la catégorie des « sociétés de secours mutuels approuvées ». En 1864 fut supprimé le délit de coalition et en 1868, fut restauré le droit de réunion. Enfin, avec la IIIe République, le mutuellisme associatif s’institutionnalisa. Le mutuellisme devenait mutualisme. Les principes de la mutualité furent notamment développés par Proudhon dans son projet « d’association progressive » de 1845. Selon lui, « la théorie de la mutualité ou du mutuum, c’est-à-dire de l’échange en nature, dont la forme la plus simple est le prêt de consommation, est, au point de vue de l’être collectif, la synthèse des deux idées de propriété et de communauté 3 ». Il déclinera ces principes dans l’organisation du crédit, les échanges internationaux, et sur le plan politique avec le fédéralisme.
1- Sous l’Ancien régime, le compagnonnage réunissait les ouvriers d’une même profession en vue de leur offrir une formation professionnelle et une assistance mutuelle. Il complétait l’organisation sociale des corporations, notamment des jurandes qui étaient des corps de métier constitués par le serment mutuel que se prêtaient les membres. 2- Robert Owen (1771-1858), commerçant gallois. Il créa plusieurs magasins coopératifs en Eoosse et en Indiana (Etats-Unis). Charles Fourier (1772-1837), philosophe français, concepteur des phalanstères ou communautés de travailleurs, Théorie de l’unité universelle, 1822 et posthume. Jean-Philippe Buchez (1796-1865), sociologue et historien wallon, chrétien social, il fonda en France les premières coopératives de production. Frédéric Le Play (1806-1882), économiste français, catholique social. Charles Gide (1847-1932), dirigeant historique du mouvement coopératif français, fondateur de l’écoles de Nîmes, théoricien de l’économie sociale, du solidarisme (prolongé plus tard par Léon Bourgeois et Emile Durkheim) et du christianisme social, oncle d’André Gide. 3- P.J. Proudhon, Système des contradictions économiques, éd. Rivière, t. II, p. 411
Janpier Dutrieux (extrait P & P 2010)