Alliance Sociale des Peuples et Pays de France

Les caissières

dimanche 25 juillet 2010.

 
 
Le remplacement des caissières par des caisses enregistreuses soulève des débats. Les partisans de cette innovation en font ressortir les avantages : moins d’attente aux caisses, accroissement de productivité, donc possibilité de baisser les prix, suppression d’un travail fastidieux et peu gratifiant. En face les détracteurs dénoncent la suppression de 200.000 emplois : que feront ces personnels peu aptes à se reconvertir en des emplois de haute technicité ? On accentuera la disparition du peu de lien social qu’assurait encore la présence humaine et la dépersonnalisation de l’acte commercial.

Devant toute évolution technique, il faut peser de quel côté penche la balance et éventuellement ménager des étapes d’expérimentation et de transition. On retrouve là le problème de la substitution du travail de l’homme par la machine. Jusqu’où faut-il aller ? Est-ce toujours un bien ?

Y aura-t-il au final un réel gain financier ? Par exemple le calcul des charges sociales qui a pour base les salaires devra tôt ou tard être assuré autrement en le calculant sur la valeur ajouté, car lorsqu’il n’y aura plus que des machines, qui paiera les cotisations de santé et de retraite ? Il faudra équilibrer des caisses par un impôt sur la TVA dite sociale, un de plus. Cette taxe sera payée par la grande surface qui augmentera ses prix en conséquence. Qui assurera la prise en charge des salariés non reclassables ? Ils finiront RMIstes à la charge de l’Etat et du contribuable.

Dans les années 70, lorsque le commerce intégré commença à éliminer les petits commerçants, une taxe au mètre carré construit par les grandes surfaces fut institué et versé à une caisse d’aide au départ des petits commerçants afin qu’ils cessent leurs activité, compensant ainsi la perte de leur fond de commerce et qu’ils puissent mourir dans la dignité en quelque sorte. On évita la taxe étatique et la prise en charge par l’impôt. C’était un moindre mal.

On peut souhaiter au mieux que le problème soit résolu par la négociation entre les partenaires sociaux, en étalant sur plusieurs années la mise en œuvre de ces machines automatiques, pour éviter que l’Etat ne soit obligé d’imposer une mesure fiscale contraignante.

En d’autres temps que l’on qualifierait volontiers de barbares et d’esclavagistes, Vespasien n’hésita pas à refuser à Vitruve l’emploi d’une machine très élaborée. Son brusque remplacement aurait « empêché de nourrir le petit peuple » (Suetone, Vespasien 17) Il n’hésita pas cependant à récompenser son inventeur. Et un décret royal du XIII ème siècle interdisait au seigneur cultivant lui-même d’avoir plus de trois charrues attelées.

Mais allons plus loin. N’est-ce pas tout le système de la grande distribution qui devrait être remis en cause ? On a appris ces jours-ci que Carrefour venait d’acheter la société brésilienne d’hypermarchés Atacadao, devenant ainsi le numéro un de la grande distribution alimentaire au Brésil. Cette course à la multi-internationalisation a déjà causé la disparition du tissu commercial local assuré par les petits commerces. C’est d’autant plus cynique que la grande distribution prétendait à l’origine créer plus d’emplois qu’elle n’en faisait disparaître. Elle a aussi pour conséquence de contraindre les producteurs à ce marché unique ou à la mort. Nos villages jadis si vivants d’activités sont devenus des dortoirs ou des mouroirs et les centres villes doivent être subventionnés pour recréer des animations artificielles. Qu’a-t-on gagné au bout du compte ?

On s’achemine ainsi lentement, au nom du libéralisme économique, vers un monopole du commerce aux mains de quelques gros groupes financiers. C’est bien ce que dénonçait Pie XI : « Ce qui frappe les regards, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance aux mains d’un petit nombre d’hommes qui d’ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants d’un capital qu’ils administrent. » (Quadragesimo anno)

Cette industrialisation du commerce a transformé en quelques années le commerce en simple machine automatique à distribuer sans conseil et sans âme, où l’homme disparaît. Le communisme en avait rêvé. Le libéralisme le réalise. Entre ces utopies et la conception chrétienne de la société, Pie XII avait été sans ambiguïté : « Nous ne cessons de recommander l’élaboration d’un statut de droit public de toute la vie sociale en général selon l’organisation professionnelle. Voilà pourquoi nous ne nous lassons pas de recommander la diffusion progressive des moyennes et petites entreprises. » (11 9.1949)


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